Un mauvais garçon

Vous avez entendu parler de l’état de nos prisons, en revanche, vous n’avez jamais rien lu ou vu sur nos « Foyers » euphémisme moderne pour nommer, aujourd’hui, nos «  orphelinats ». C’est pourtant l’échec social le plus dramatique de notre société démocratique et égalitaire.

Au tribunal de Perpignan en comptant au plus bas, ce sont quatre à cinq prévenus issus des « foyers » qui passent devant leurs juges chaque semaine. Si vous multipliez ce chiffre par le nombre de tribunaux en France, vous obtiendrez le résultat d’un échec sociétal et social tout autant catastrophique qu’invisible. Nos foyers sont des écoles de la délinquance, parfois du crime, infiniment supérieur à nos prisons*. Tommy vient tout juste d’avoir 18 ans, ce qui lui vaut l’honneur d’être juger chez les grands. Seize fois condamné par les tribunaux pour enfant, son sourire narquois, ses mains dans les poches, il « nargue » le tribunal comme dans la rue, il « nargue » la police. Le 13 décembre, il fait la fête chez des copains. Lorsque les parents sont ivres et inconscients, avec l’un des enfants mineurs, il s’emparent de la voiture du couple et va faire un « reum ». Tommy désignera une maison au mineur qui l’accompagne et lui demandera d’aller lui acheter de la cocaïne. Mais l’enfant en profitera pour fuir et se refugiera dans une clinique où les forces de police viendront le récupérer. Tommy est repéré autour de 3 heures du matin par un véhicule de la BAC, pour les semer, il roule à 220 km dans les rues perpignanaises. « Je leur ai semé la tempête » reconnaît-il fièrement devant le tribunal. Il n’a pas de permis de conduire et est en récidive légale. Mais ses airs hautains et méprisants indisposent le tribunal qui lui exige de se tenir convenablement. Alors, Tommy éclate « Condamne-moi, je m’en fou, c’est pas grave, je suis déjà mort, donne-moi 10 ans, 15 ans, je m’en bats les c.. , j’ai pas de famille, j’ai rien a perdre, je m’en fous de la prison, je suis déjà perdu, condamne-moi, mais ne me parle pas .. tu connais pas ma vie, trou du c…, » Et le président de répondre : «  Malgré toutes vos insultes et vos conn…, , nous savons rester humain et nous ne voulons que vous vous tuez ou que vous renversiez une maman avec sa poussette. » Son avocate expliquera son parcours, Tommy n’a jamais connu son père et sa maman l’a abandonné dès son plus jeune âge. Il a connu l’enfer des foyers, les fugues, les sdf et la rue, puis les arrestations et les retours au foyer entre deux gendarmes. Tommy craque, son attitude de voyou, provocateur et arrogant « pour cacher sa vulnérabilité » dira son avocate, disparaît un court instant et Tommy essuie des larmes de gamin tout juste sorti de l’enfance. Il est condamné  à 30 mois de prison ferme avec maintien en détention et à rembourser les 379,99 euros de fourrière à la propriétaire du véhicule dérobé. Quand les policiers de l’escorte lui passe les menottes, le masque de mauvais garçon à repris le dessus, le sourire redevient narquois, il redresse les épaules et repart en lançant à personne en particulier un tonitruant : « Enc… tes morts ». Le président annonce à madame la procureure qu’il a l’intention de poursuivre Tommy pour outrage à magistrat « les cadeaux c’est le 25 décembre » précise t-il. Tommy retournera devant ses juges très prochainement.

 

* Lire : « Dans l’enfer des foyers » de Lyes Louffok

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