L’Adn a la mémoire longue

L’Adn, « la mère de toutes les preuves », a longtemps représenté une difficulté nouvelle pour les avocats de la défense. Mais l’Adn a quelques défauts, il ne peut être daté et il ne prouve que le passage d’une personne en un lieu donné, enfin un être humain peut séjourner plusieurs jours dans un véhicule et ne laisser aucune trace alors qu’un seul passage suffit à une autre pour être identifiée.

Le 19 août 2012, une villa est cambriolée à Canohès. Une baie virée est fracturée, le voleur repart avec des bijoux, du multimédia … et la BMW qui se trouvait dans le garage. La voiture sera découverte par la police quelques semaines plus tard. Dans le coffre une roue de secours signalée volée à Bompas, le 19 août et des gilets fluos et des boules de pétanque issues d’un second vol à la roulote, commis à Claira le 21 août. Le véhicule est passé au crible et l’on retrouve des traces ADN dans l’habitacle de la BMW et sur divers objets volés. La personne identifiée a déjà été condamnée six fois, son ADN a été enregistré par les forces de police. En revanche, aucune trace de Christian A., il sera donc jugé par défaut et condamné à un an de prison ferme pour vol et destruction dans un local habité. Un mandat d’arrêt est délivré contre lui. Puis les années passent, la mémoire policière est patiente et Christian est découvert emprisonné … à Perpignan. Condamné pour une toute autre affaire, il a bénéficié d’une mise en liberté avec contrôle judiciaire, mais ne l’ayant pas respecté en omettant de se rendre au commissariat régulièrement, il a été à nouveau incarcéré. C’est à la prison qu’il apprend que sa toute dernière condamnation vient d’être alourdie par une prolongation d’un an. Il fait opposition de cette décision et n’ayant pas été averti des dates de son procès, il a droit à un nouveau jugement. Il nie totalement être l’auteur du cambriolage, des deux vols à la roulotte et de celui du véhicule BMW. Comment explique-t-il les traces d’ADN dans la voiture et sur les objets volés ? Christian explique qu’il est aujourd’hui peintre auto entrepreneur, mais au moment des faits, il travaillait dans une brasserie importante de la région et un collègue de travail, dont il peut donner le nom : « Aziz B. » l’aurait transporté plusieurs fois dans une BMW. Il ne voit que cette possibilité. Son avocat Me Large, insiste et martèle que l’Adn ne peut être la preuve de tout les problèmes de justice, rien ne prouve que le cambrioleur soit celui qui a laissé son Adn dans la voiture et sur les objets volés. Le tribunal le suivra et requalifiera les faits de vol avec destruction, Christian est poursuivi aujourd’hui pour recel aggravé. Pour qu’il y ait recel, il suffit d’avoir joui d’un bien mal acquis. Il est bel et bien entré dans la BMW et a touché les objets volés. Or en matière pénale un vol est puni comme un recel. Mais le tribunal révise à la baisse la première condamnation, Christian est condamné à 6 mois de prison ferme. Le procureur avait requis de 6 mois à un an de prison.

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