Jamais sans ma fille

Lorsque Daniel B. trafiquant de drogue notoire est tombé, il a laissé sur le carreau toute une kyrielle de clients. Or s’il est un commerce où le client captif est particulièrement peu patient c’est bien chez le consommateur d’héroïne. Ils se sont rabattus sur Jeuneu et Adelino, un couple qui revendait déjà sur la commune afin de se payer leur dose quotidienne.

Jeuneu et Adelino sont fumeurs d’héroïne, elle depuis l’âge de 20 ans, lui depuis dix ans. Il est ouvrier maçon, son patron est d’ailleurs très satisfait de son travail, elle touche le RSA. Ils consomment quotidiennement 3 à 4 g. d’héro. Ce qui correspond à une dépense entre 6000 et 10 000 euros par mois. Sans la revente, impossible de financer leur toxicomanie. Adelino se rends régulièrement en Espagne ou il achète l’héroïne à 30 euros le gramme et la revends 60. C’est une lettre anonyme qui dénoncera leur trafic à la gendarmerie. Le couple sera placé sous surveillance et les forces de l’ordre vont très rapidement se rendre compte de l’ampleur du commerce. Les clients téléphonent puis l’on se donne rendez-vous sur le parking devant  l’appartement des trafiquants. Là, l’échange drogue-argent se fait sans descendre du véhicule, comme chez Mac Donald. Le 20 novembre, Adelino sera surpris en flagrant délit, en pleine transaction, il aura le temps de crier à sa compagne : « Jeuneu y a les Schmiths » et jettera deux ou trois doses en sa possession sur un toit. La dose est de 0,3g et se vend 20 euros. Une fouille de l’appartement permet de découvrir 31,6g d’héroïne, de la poudre pour la couper, une balance de précision. Sur une table basse, dans le salon, est disposé tous les ustensiles pour consommer. Mme la présidente rappelle que trois enfants en bas âge jouaient dans cette pièce. Le grand problème de Jeuneu c’est justement leur fille, 10 ans, qui subit les contrecoups de la toxicomanie de ses parents. Elle est gardée par sa grand-mère depuis deux mois, la durée de leur préventive. Jeuneu veut s’arrêter, se désintoxiquer, surtout pour sa fille, elle assure qu’elle est bonne mère, malgré sa toxicomanie : « Je n’ai jamais raté un noël, un anniversaire, elle travaille bien à l’école ». Mais la présidente lui rappelle les gendarmes dans l’appartement, la petite était présente. « Elle était dans le salon » répond Jeuneu. « Bien sûr, lui répond Mme le procureur, les gendarmes ne sont pas des sauvages et font attention quand il y a présence d’un enfant en bas-âge. L’exploitation de téléphones portables permet de relever 20 000 appels en trois mois. C’était une affaire qui marchait. Me Monasteri demande de lui faire confiance, ces deux mois d’incarcération auraient été tout particulièrement difficiles pour la jeune maman. « C’est la motivation qui lui manquait, elle a beaucoup écrit à sa fille en lui demandant pardon et en jurant qu’elle ne reprendrait jamais plus de la drogue. » Elle est condamnée à 18 mois de prison, dont 12 de sursis avec mise à l’épreuve, lui à 2 ans ferme, pour les deux viennent se rajouter 3 mois de sursis d’une précédente condamnation.

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