Assises : « J’ai toujours été terrorisée par mon frère ! »

Jonathan et Marion (nom d’emprunt) n’ont pas eu une vie facile, matériellement plus que suffisante – le papa est pilote de ligne et la maman était hôtesse de l’air – mais affectivement démolie par une séparation physique des parents qui s’est prolongée par un savant entretien mutuel des rancunes. Les enfants servant de réceptacle et de témoins à un ressenti continuel. Marion la plus forte a su gérer les antagonismes et vivre avec, Jonathan, plus fragile, les a subi de plein fouet et les monomanies destructrices des parents sont devenues chez lui des réservoirs de haines contre sa famille.

 

Handicapé de l’amour

 

Au bas de l’échelle, celle qui vivait le plus souvent près de Jonathan, c’est Marion. Sa petite sœur subira pratiquement toute son enfance le harcèlement haineux de son frère. « Toute ma vie j’ai eu la sensation d’être son obsession, c’était quotidien … il venait me donnait des coups de poings et de pieds et repartait ». Jonathan reproche tout à ses parents les crises de rages de son père, quand c’était son tour de garde, les ébats amoureux peu discrets de sa mère avec ses deux beaux-pères successifs. Peut-être ce qui empêchera ce jeune homme au physique agréable de ne jamais avoir eu de liaison amoureuse, sinon un petit flirt à 14 ans « presque obligé » précise t-il.

 

Seul et méchant

 

Jonahan est un Geek, sa recherche de solitude le pousse vers le monde des jeux vidéos, de stratégies, de combats virtuels, « plus jeune je ne faisais que ça ». Il peint pendant des heures des minuscules figurines Warhammer. Il achète même du matériel pour pratiquer des combats « airsoft », des combats à l’aide de réplique d’armes a feu mais lançant des billes de plastiques. Après, une scolarité médiocre, il trouve un travail à mi-temps chez Macdonald. Il prend un appartement, mais son animosité contre sa famille ne faiblit pas. Sa sœur, à la barre  dira «  les deux dernières années avant qu’il ne déménage ont été un enfer. »

 

A coups de hache

 

Le 3 novembre 2013, il est âgé alors de 22 ans et Marion de 19. Leur mère est allée vivre en Guadeloupe. Marion est étudiante à Montpellier. Elle est la seule à posséder les clefs de l’appartement de sa mère. Jonathan lui envoie un premier SMS, pour lui demander de le prévenir quand elle rentrera sur Perpignan. Marion n’a aucune raison de se méfier, il vient de temps en temps récupérer des livres. Une fois dans l’appartement familial, elle le prévient. D’après Jonathan c’est ce SMS « gentil » qui va tout déclencher. Il traverse la rue qui mène de son appartement à celui de sa mère. Il s’est muni d’une hache. Il va abattre l’arme 6 à 8 fois sur la tête le plus souvent, la face et les mains que Marion a dressées pour se protéger. L’expert légiste qualifiera sa survie à « un miracle », pour l’accomplir il faudra six heures d’intervention chirurgicale suivi de plusieurs autres opérations dont certaines sont encore à venir. De suite après les faits, Jonathan dira s’en être pris à elle, pour punir ses parents, « qu’ils vivent en ayant perdu leurs deux enfants. » Puis Jonathan se retournera dans son propre appartement y versera 30 litres d’essence et y mettra le feu avant de s’enfuir. Il se rendra au bout de deux jours d’errance à Perpignan.

 

 

L’expert psychiatre a visité quatre fois Jonathan en prison. La présidente de la Cour s’étonne « Est-ce dans votre habitude, autant de fois ? » « Non, je dois vous faire une confidence, je ne trouvais pas de maladie mentale. » Et cet expert à la très longue carrière auprès des tribunaux de parler de tendances « squizoïdes », c’est-à-dire : rien. Lorsque son avocate interrogera Jonathan, elle lui demandera : « Aimez-vous votre sœur ? » Réponse « Oui », et si elle était morte ce jour-là ? « Je n’aurai pas survécu, je me serais tué ». Et il éclate en sanglots. En revanche, Marion a été tout aussi catégorique, elle ne veut plus jamais revoir son frère.

 

 

 

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