Assises des P.-O : 12 ans pour un tabassage mortel

« J’ai tué mon meilleur ami »

Etrange procès où magistrats et ministère public semblent plaindre tout autant la victime que le présumé coupable. Procès d’Assises inhabituel encore, puisque le banc des parties civiles est resté vide. La famille du défunt n’ayant pas voulu accabler un ami de leur fils, qui, vu leur vie d’alcoolémie et de toxicomanie « aurait pu tout aussi bien inverser les rôles et voir la victime devenir bourreau. »

 

Yanis, 23 ans, a suivi en quelques sortes les traces de son père comme l’expliquera Me Catherine Barrère dans son plaidoyer. Un papa alcoolique qui dénigrait son fils qu’il se plaisait à l’humilier et qui finira par le précipiter à la rue découvrir les mille et une façons de se droguer. Regis, 29 ans, est un enfant adopter, un fils aimé, mais l’attrait de la rue sera le plus fort. Il connaîtra les SDF à chiens, les mauvais alcools et s’intoxiquera avec tout ce qui lui tombera sous la main. Ce sont ces deux vies à la dérive qui se rencontreront dix ans auparavant au hasard de beuveries nocturnes. Ils se perdront de vue pour se retrouver et le plus chanceux hébergera le plus indigent. Regis viendra vivre chez Yanis. Alcool, haschich et méthadone pour les jours sans, héroïne pour les jours avec. La santé de Régis se dégrade, la cohabitation devient difficile. Jusqu’au 4 novembre 2013, Regis est très malade, vomit beaucoup.

 

Une séparation difficile

 

Janis rend la séparation d’avec sa petite amie effective. Les cartons sont faits bien empilés, tout est près à être emporté. Janis souffre de cette séparation. Après une courte absence, il revient à l’appartement, Regis a tout mis sens dessus dessous. Les cartons sont ouverts, les affaires éparpillées. Ce qui va rendre la séparation encore plus difficile. Alors, il y a des cris puis des empoignades. Janis lui aussi a bu et pris du hachich, ses propres sens sont altérés. Lorsque Regis casse un porte-serviette, Janis utilise la barre de plastique comme d’une matraque et lui assène 6 à 8 coups. Puis laisse la victime de sa furie « dormir » sur sa paillasse. Mais un des coups a blessé la rate. Lentement la plaie va saigner et entrainer la mort. Janis, persuadé que son copain cuve drogues et alcools le traine sur sa couche dans le couloir. Lorsque, plusieurs heures plus tard, il découvre qu’il n’a toujours pas bougé, il comprend que son état est grave et appelle les secours. Trop tard. L’avocat général, Bruno Albouy, dans un réquisitoire magistral, conclura, « l’inventaire des biens de la victime est édifiant et récapitule ce qui a été sa vie », une chemise, un jean, rien. Mais le ministère public soulignera aussi le repenti de l’accusé qui souligne une conscience et une lucidité qui permet tous les espoirs à sa sortie de prison. Le psychiatre qui œuvre auprès des prisons depuis des décennies dans son expertise déclare « croire les regrets exprimés authentiques », ce n’est pas si commun. Mais la générosité du ministère public à ses limites et il requiert de 13 ans de réclusions – 20 encourus – avec un suivi socio-judiciaire pendant 5 ans et une peine de deux ans supplémentaires, s’il n’était pas respecté. Verdict : 12 ans, Janis étant primo délinquant et ayant déjà accompli quatre ans et demi d’incarcération préventive, peut espérer sortir dans six mois.

 

 

 

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