Récidive

Il a 27 ans et il est poissonnier, employé par son papa à Roubaix. Avec son épouse qui attend un petit bébé, ils décident d’aller passer quelques vacances en Espagne.

Ils ont loué une Citroën BS, c’est elle qui conduit, lui n’a pas le permis. Ses obligations le rattrapent, on lui téléphone de remonter en urgence, on a besoin de lui à la boutique. Ils repartent dans le nord, dix heures de route. Mais, la future maman est fatiguée, elle a sommeil, la conduite devient dangereuse. A la frontière, il prend le volant. Au Boulou, contrôle. Nous sommes le 25 mai, trois jours après l’attentat de Manchester. Toutes les polices européennes sont sur les dents. Mardi au tribunal une dizaine de très jeunes gens prêtaient serment pour renforcer le corps de la police des airs et des frontières. Les surveillances sont accrues. Il est au volant et il n’a pas de permis et il part aussitôt en garde à vue. Vendredi matin, il était jugé en comparution immédiate. Son casier judiciaire retient 14 condamnations, quelques vols, un peu de stup et surtout 11 condamnations pour conduites sans permis. Deux sous emprise de boissons alcooliques. Lors de ses premières comparutions, il était encore mineur, ses juges ont fait œuvre de mansuétude. Trois procès n’ont conduit qu’à de  simples admonestations et on est allé crescendo, les deux suivantes seront punies par des travaux d’intérêts général puis enfin à du sursis. Adulte, c’est le tribunal correctionnel, et la première condamnation à de la prison ferme, cinq mois, il en fera quatre. Puis rebelote, il est contrôlé une énième fois au volant d’un véhicule. Six mois de prison avec mandat de dépôt sur l’audience. Mais encore une fois, la justice lui laisse une chance, il travaille et il a dû jurer qu’on ne l’y prendrait plus. Il ne fera que quatre mois et les deux derniers mois de sa condamnation auront lieu chez lui avec un bracelet électronique à la cheville. Il lui sera ôté en mars 2017, il y a seulement deux mois. « Vous ne comprenez rien à la justice »  lui assène le président du tribunal. Le prévenu pleure beaucoup, il jure, il promet et ponctue ses paroles de « honnêtement », car cette fois il a compris, il a eu très peur, il est inscrit au permis et doit le « passer » dans un mois, il travaille, il s’est rangé, il ne fume plus de cannabis et surtout, il ne recommencera plus. « Combien de fois avez-vous déclaré cela dans un tribunal ? » lui demande le président. A ses sanglots répondent ceux de son épouse assise sur les bancs de la salle d’audience. Son avocat demandera clémence et que lui soit donnée une ultime chance. Mme le procureur de la République ne comprend pas, comment à son âge, avec une profession à la clef, il n’a pas fait toutes les démarches pour passer son permis. Elle requiert de 12 à 14 mois de prison. Il est condamné à 18 mois ferme avec mandat de dépôt. Son épouse sanglote et hurle sa peine. Lui, préfère les menaces. Finies les larmes, finis les sanglots, il jure sur le Coran que quand il sortira on entendra parler de lui, il fera des braquages et tuera des gens. « Notez madame la greffière » prévient le président. Puis se tournant vers le prévenu, « continuez comme ça et vous aurez en plus une condamnation pour apologie d’un acte terroriste ». Son épouse a droit à l’embrasser une dernière fois. Il quitte la salle entre quatre policiers de l’escorte.

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