Quand mentir est un droit déconseillé

En droit français, le mensonge est un droit de la défense. Mais est-il conseillé pour autant d’utiliser ce droit pour se prémunir des affres de la justice ? Dans la nuit du 2 au 3 septembre, deux individus s’introduisent par effraction dans un pavillon de Saint-Laurent-de-la-Salanque.

Ils font irruption dans la chambre, tirent la victime de son lit sans ménagement, lui occasionnant au passage plusieurs contusions et attachent ses bras et ses pieds avec du scotch américain. Les deux individus sont cagoulés et connaissent l’existence et la localisation exacte du coffre de la maison. Sous la menace d’une bombe lacrymogène, ils exigent que leur soit donné le code d’ouverture. C’est un Home Jacking avec menace d’une arme. Très rapidement, l’enquête se dirige vers les fréquentations de la fille de la victime et de sa copine Claire. Cette dernière a appris l’existence d’un coffre contenant liquidités, bijoux et armes de collection et elle reconnaît devant les enquêteurs en avoir fait part à Kader, son petit ami du moment. Ce dernier nie tout. Une petite amie du nom de Claire ? Il ne se souvient pas. « Monsieur, quand on couche avec une personne, on s’en souvient » lui réplique le président. Accompagné de son complice, il serait descendu de Corbeil sur Essonne en région parisienne au volant d’une Clio 2 S bleue ? Il n’a jamais été propriétaire de cette voiture et tant pis si c’est les témoins sont unanimes pour dire qu’ils l’ont vu conduire ce type de véhicule. Ses deux téléphones ont déclenché des relais tout le long du voyage Paris-Perpignan? Il ne se souvient pas avoir été en possession de ces deux portables. Et lorsque le président lui précise que leurs numéros sont retrouvés sur tous les agendas de son entourage à côté de son surnom « L’Indien ». Il nie être connu sous ce pseudonyme. Et tant pis si son propre frère l’appelle comme cela devant les policiers. Le deuxième acolyte, Djidji, reconnaît entièrement les faits. Il est effectivement descendu avec X – il se refuse de le nommer autrement par peur de représailles – ils ont fait le voyage expressément pour accomplir ce Home Jacking. Leur véhicule était une Clio bleue. Ils devaient faire fifties-fifties, mais il n’a jamais touché un sous. «  Dix ans encourus, pour rien » lui rappelle le président. Djidji raconte tout, regrette son geste et demande pardon à la victime. Au moment des faits, cette dernière était en invalidité catégorie 2, pesait 65 kilos pour 1,65 m. Depuis, une dépression est a ajouté à ses malheurs : « J’ai pensé que j’allais mourir ». Djidji a été abandonné à l’âge de 4 ans et a vécu toute son enfance dans un village d’enfant. En prison il n’a aucune visite et n’a aucune source de financement pour pouvoir cantiner. Son casier ne retient qu’un usage de stupéfiant. Un miracle vu son parcours. Kader est plus aguerri au métier de monte en l’air, ses deux téléphones ne sont pas à son nom et il a tardé à faire le transfert de carte grise, pratiques usitées pour brouiller les pistes dans le monde interlope. Son casier comporte plusieurs condamnations pour vol. Le tribunal n’a pas cru Kader, il est condamné à six ans de réclusion, Djidji qui a reconnu les faits en prend pour trois ans. Tout deux sont maintenus en détention.

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