Quand être « reloud » ne constitue pas un délit 

Elles sont six gendarmes ou ex gendarmes-adjoints à avoir déposé plainte pour harcèlement à connotation sexuelle contre l’officier commandant l’unité où elles étaient affectées.

La prévention retient plusieurs phrases jugées humiliantes pour les parties civiles « Le piercing, c’est pas là qu’elle le porte », « C’est beau une femme excitée », « Comment va votre chatte. Vous l’entretenez ? », « Une tenue de soubrette vous irez mieux », «  N’utilisez pas ce parfum, vous allez faire péter les caleçons », « J’aime bien vous voir dandiner », enfin, au sujet d’un suspect qui cachait sur lui des stupéfiants « Vous ne vouliez pas lui tâter les baloches ? », alors que le militaire savait pertinemment que les fouilles ne peuvent être exercées que par des gendarmes du même sexe. Des phrases de ce tonneau là, il en a des dizaines, c’est lourd, pénible et d’un niveau à ras des pâquerettes. Être lourdingue ne constituerait pas un délit, si ce n’était la répétition, le regard et l’attitude du supérieur hiérarchique, décrit par toutes comme « malsain », des « yeux pervers », « se sentir déshabillée du regard de la tête au pied » …. « un sourire vicieux. » Ses propres avocats, le définiront comme un homme au « comportement grivois, gaulois, rabelaisien » usant « d’un humour graveleux, maladroit ». Mais est-ce bien du harcèlement ? Le lieutenant commandant est un « reloud », comme nous en avons tous croisé, un jour ou l’autre, dans un autobus, un stade ou un repas de mariage. Pourtant sur les six plaignantes, trois ont interrompu leur carrière pour devenir chauffeur de bus, coiffeuse, nounou, toujours à cause de l’ambiance exécrable entretenue par leur supérieur. Le président demandera à la seule partie civile présente encore gendarme : « Est-ce habituel un tel comportement de la part de vos collègues hommes ? », la réponse et franche et massive « Toujours ! » – « Alors, comment pouvez-vous dire aujourd’hui être affectée dans une brigade idyllique ? » Réponse : « Quand cela arrive, une réflexion et cela s’arrête … avec le lieutenant-commandant, cela ne s’arrêtait jamais ! ». Le président du tribunal Jean Luc Dooms lors de la lecture du délibéré précisera : « Vous avez le vocabulaire d’un corps de garde, vous êtes un macho grivois, vulgaire…. » puis il ajoutera « … mais vous n’êtes pas un harceleur sexuel. », résultat, l’officier de gendarmerie est relaxé. « Mais votre calvaire n’est peut-être pas terminé…» conclura le président. Car la hiérarchie n’a pas attendu le délibéré du tribunal pour sanctionner lourdement le militaire, muté à Paris avec un sérieux coup de frein à sa carrière. Le parquet a fait appel de cette décision, peut-être pour justifier les sanctions administratives où pour servir d’exemple afin de recadrer les troupes gendarmesques. Qu’était-ce donc que ce commissariat où l’on offrait comme pot de départ à une dame gendarme « un godemichet, une sucette en forme de phallus, des menottes sado-maso et un string en bonbon ? »

Sur le harcèlement en gendarmerie lire « Je voulais juste être gendarme » de Seaade Besbiss

 

 

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