Papi fait de la résistance

Cheveux gris, les 73 ans bedonnant, il aurait tout du candidat à la fête des grands-pères s’il en existait une. Là s’arrête la description du bon papi italien, il a le bras en écharpe et son œil est auréolé d’un magnifique coquard violacé.

Papi Domino vit dangereusement. Le 5 mars sur la route de Port-Vendres, Domino conduisait sa Fiat multipla, lorsqu’un barrage intempestif des services des douanes lui barre le passage. Bâton lumineux, gilet fluorescent, les agents font signe à Domino de s’arrêter. Il fonce. Alertés par leurs collègues, un deuxième barrage se dresse où il est fait tous les signes d’usage pour procéder à un contrôle, Domino fonce, mais une herse est jetée sous ses roues. Poursuivit par un véhicule des douanes, tout le dispositif sonore et lumineux en action, Il passe. Suivi puis doublé,  Domino n’hésite pas un instant et se servant de sa voiture comme d’un bélier, il accroche le véhicule douanier, puis il fait demi-tour en contresens de la circulation et arrive sur un autre barrage. Au lieu-dit « les amandiers » tout un programme. Dans sa course le ventripotent septuagénaire aura forcé la bagatelle de quatre barrages. Une nouvelle herse est jetée sous les roues de son véhicule, Domino refuse d’optempérer, mais calcule mal sa trajectoire, la Fiat bascule sur le bas côté et après plusieurs tonneaux décident de s’immobiliser sur le toit. Une aubaine pour les douaniers qui n’ont pas a cherché beaucoup l’objet du litige, entre les roues du véhicule GPL, à la place des bobonnes, ils découvrent 17kg800 d’herbe de cannabis. Première question de Madame la présidente, pourquoi a-t-il pris la fuite ? « Je ne les ai pas vu, je ne les ai vu » que derrière-moi explique t-il à son interprète d’italien. « C’est le principe d’une course poursuite » lui rétorque la présidente. Enquête de personnalité : Avec son épouse, ils ont un bar qui leur rapporte 8500 euros par mois, pressé de question, il répond que son épouse est malade et qu’il avait besoin des 5000 euros promis par son commanditaire pour acheter des médicaments. Mais Domino est loin d’être une oie blanche, il a fait déjà onze mois de prison, sa fiche de police comptabilise quatre interpellations pour trafic de stupéfiants et de fausse monnaie, fabrication d’explosifs, contrebande de cigarettes et une tentative d’homicide. Le véhicule qu’il conduisait ce soir-là est immatriculé en Suisse et a été déjà signalé lors de deux autres voyages, l’accréditation était déjà au nom de Domino. Si les réponses fleuries de l’Italien font naitre quelques sourires dans la salle des audiences, l’inspecteur des douanes et le procureur de la République rappellent que le trafic de stupéfiants entre l’Espagne et le reste de l’Europe est très lucratif, le chargement acheté en Espagne 20 à 25 000 euros se serait négocié à 200 000 euros une fois arrivé à Bologne en Italie. Pour ces sommes les trafiquants prennent tous les risques mettant en danger l’intégrité physique des agents autant que des autres usagers de la route. En raison de multiples opérations chirurgicales pour ces multiples fractures,  la garde à vue de Domino n’a pu être prolongée. Il n’est jugé en « compa » que pour le trafic de stupéfiant, il devra à nouveau comparaître pour mise en danger d’autrui. Il est condamné à 30 mois de prison ferme, douze de plus que les 18 mois requis par le ministère public, à payer une amende de 48 950 euros et une interdiction du territoire français de 10 ans.

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