Misère

Coluche chantait : « Misère, Misère! C’est toujours sur les pauvres gens que tu t’acharnes obstinément » cette vérité de Lapalisse n’est pas sans recéler de vrais accents de sincérité.

Zora porta un foulard qui lui couvre entièrement les cheveux, le président du tribunal lui laisse un moment pour aller l’enlever avant d’être jugée devant le tribunal laïque de la République. Ce qu’elle fait sans problème. Zora est tchétchène de Russie. Pourquoi a-t-elle fuit son pays ? Les yeux rougis, elle demande à ne pas être questionnée « devant tout le monde » sur cette période de sa vie. Elle comparaît aux côté d’Annie son ancienne amie. Elles sont toutes deux poursuivies pour avoir transmis à la Caisse d’allocation familiale des documents administratifs falsifiés. Une carte de séjour temporaire et cinq récépissés préfectoraux, documents provisoires attestant le renouvellement en cours de la carte de séjour. Grace à ces documents, Zora a reçu les allocations familiales pendant plusieurs années. « Au moment des faits, je n’avais pas le choix, j’étais mère de cinq enfants et enceinte de six mois sans aucun revenu » répond-elle en pleurant au juge qui l’interroge. Zora est une frêle jeune femme aux grands yeux tristes, elle n’a que 30 ans et déjà six enfants. Le papa est en Belgique et n’aide en rien à la tenue du foyer. Alors Zora doit se débrouiller. Elle avait été en possession d’une carte de séjour, mais celle-ci n’avait pas été renouvelée. Sa copine Annie lui avait confié qu’elle était capable de falsifier les dates périmées de la carte et des récépissés contre 500 euros pour la carte et 100 euros pour chacun des cinq récépissés. Zora n’aurait qu’à payer une fois les aides sociales encaissées. Entretemps, la préfecture renouvelle la carte de séjour, Zora demande à sa copine d’arrêter tout et refuse de payer. Premier Clash, Annie menace de dénoncer l’entourloupe à la CAF. Zora menace en retour de dénoncer Annie comme la faussaire des documents. Annie lui aurait répondu : « Je suis française et tu es étrangère en situation irrégulière, c’est moi qu’on écoutera et pas toi ». Résultat, les deux anciennes amies se retrouvent devant un tribunal et la CAF des Pyrénées-Orientales se porte partie-civile et leur réclame la restitution des sommes indûment versées. Zora est désespérée, depuis les faits elle n’a plus droit aux aides sociales, elle est en situation irrégulière sur le sol français tout en ayant ses enfants scolarisés à Perpignan. Comment faites-vous pour vivre ? demande le président. Zora fait du volontariat au Secours Populaires contre des habits et à manger. S’ils étaient encore de ce monde, Balzac, Zola ou le père Hugo n’auraient pas a cherché beaucoup pour nous écrire des chefs d’œuvres. L’ex copine Annie nie absolument tout, elle a effectivement assisté à la falsification des documents, mais elle n’y a pas participé et elle reconnaît que c’est elle qui a envoyé la lettre de dénonciation à la CAF. Mue par des préoccupations civiques élémentaires. Ce serait presque crédible, si Annie n’avait pas un casier judiciaire long comme le bras révélant plusieurs condamnations pour falsification de document administratif. Défavorablement connue des forces de police, le rapport de police joint à l’enquête décrit une Annie experte en faux et usage de faux se flattant de pouvoir établir des contrats de travail tout autant que des feuilles de paye. La justice n’a pas plus entendu la française que l’étrangère, Zora est condamnée à deux mois de prison. Elle éclate en sanglot jusqu’à ce que le président lui explique qu’elle n’aura certainement pas à les faire en se présentant devant le juge d’application des peines. Que deviendraient ses enfants ? Annie est condamnée à 9 mois de prison dont 6 avec sursis. Les deux doivent rembourser solidairement 23 695 euros à la CAF

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