L’homme de Banyuls

Ali est très grand et athlétique, une cage thoracique de sportif, il a trente deux ans. Dans la nuit du 28 – 29 septembre, il est au volant d’une magnifique Audi S3 et s’apprête à passer la grande barrière du péage du Boulou.

Pas de chance, un contrôle de la PAF, on lui fait signe de s’arrêter. Il fonce, une herse est lancée sous ses roues. Il tente de fuir en roulant sur les jantes, mais obligé d’abandonner le véhicule, il préfère continuer en courant du côté du Village Catalan. Il est interpellé, la voiture contient 284 kg de résine de cannabis. Ali est président et entraîneur d’une équipe de foot de Marseille et joue en semi-professionnel pour l’équipe des Comores. Il a participé au Jeux Olympiques et au Championnat d’Afrique des nations. Il dit que son complice Azzedine l’attend à la sortie sud de Perpignan au volant d’une BMW 3008. Ali était la mule au volant de la voiture « porteuse » et son copain Azzedine était la tête, dans la voiture « ouvreuse ». Azzedine c’est la pointure au dessus, montre Rolex de 7 300 euros au poignet, l’audi S3 est à son épouse et l’on découvrira 10 480 euros pendant la perquisition ainsi qu’un pistolet Smith et Wesson et 21 cartouches. Le tribunal est persuadé d’être devant de vrais caïds marseillais. Pourtant Azzedine affirme avoir participé gratuitement à ce transport de produits stupéfiants car il ne pouvait faire autrement. C’est une personne demeurant à Banyuls qui donne les ordres et il refuse de donner son identité par peur de représailles contre sa famille, notamment sa fille. Il décrit le commanditaire comme un homme dangereux qui serait responsable de la mort de son meilleur ami Norredine, retrouvé cousu de plomb lors d’un règlement de compte à Marseille. « Je n’ai jamais fait cela volontairement, j’ai été obligé, je ne donnerai pas de nom et j’assume et je reconnais les faits ». Lorsque le président du tribunal, Henri Melchior, demande comment avec le seul RSA, il peut encore posséder une Audi S3, une BMW louée 1000 euros par mois et une Rolex de prix, Azzedine répond que c’est son épouse, infirmière libérale, qui lui offre tout. Et lorsqu’il lui est demandé par un des assesseurs, pourquoi il fait autant de voyages à Tanger. Azzedine répond du tac au tac « pour voir les filles, elles coûtent deux ou trois euros, là-bas » et le président de répondre « si votre généreuse épouse est dans la salle, elle appréciera. » Elle y est, les yeux rouges, un mouchoir roulé en boule dans la main. Azzedine a un casier comportant neuf condamnations, dont une pour détention de stupéfiant, lorsqu’il accomplissait une peine de prison. Il est en récidive légale pour ce délit. Ali a six condamnations, dont une de 4 ans pour trafic de stupéfiant. « Je n’ai connu que la prison » dit-il au tribunal « depuis 2009, je remontais la pente, je ne faisais plus de « bêtises » mais là je traversais des difficultés et quand on m’a promis 4000 euros, j’ai craqué ». Azzedine est condamné à 5 ans de prison ferme et Ali a 6 ans avec maintien en détention, les deux sont interdit de séjour dans les Pyrénées-Orientales pendant 5 ans. C’est une année de moins que ce qui avait été requis contre chacun d’eux. La belle Audi de madame est confisquée.

 

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