Instruction civique au tribunal

En cette après-midi ensoleillée de mars, les élèves d’une école de troisième occupaient les bancs de la salle d’audience du tribunal de Perpignan. Il n’est pas rare que le cours d’instruction civique ait lieu «  in live » au Palais de Justice.

Souvent, le procureur de la République ou des avocats se prennent au jeu et délivrent un message aux futurs adultes. C’est une leçon de la vie et très souvent un avertissement contre ce qu’il vaut mieux ne pas faire. Ils étaient sept à comparaître poursuivis pour cambriolage. L’originalité de l’affaire, ils étaient tous, au moment des faits, toxicomanes et volaient pour financer leur addiction en héroïne et cocaïne. Les faits sont de 2012, 17 cambriolages ont été retenus contre la plupart d’entre eux, car les équipes étaient fluctuantes, elles se constituaient suivant les besoins en ravitaillement. Les vols ont eu lieu dans toute la plaine du Roussillon, Argelès, Le Boulou, Saint André, Sorède, Céret. On pénétrait dans les maisons en forçant les fenêtres à l’aide d’un pied de biche bleu marine ou en s’aidant d’un tournevis, le port de gants étaient systématiques mais n’empêchera pas que des traces d’ADN soit relevées sur les lieux. Certains ne faisaient « que » le guet ou le chauffeur, mais ils sont tous poursuivis pour les mêmes faits. Pour l’inventaire des objets volés, il faudrait un Prévert, Ipod, montre de marque, ordinateurs, tapis d’Orient, écran plat, bijoux, friteuse électrique, appareil photo, lave-vaisselle, Home-cinéma …  Le tout était transporté à La Jonquera pour y être échangé contre des doses de produits stupéfiants. « On se faisait avoir au change » dira Morgane, 29 ans. Grégory, 33 ans, dit qu’il lui fallait 3000 euros par mois pour subvenir à ses besoins en héroïne. Ils n’avaient aucune chance de passer au travers des mailles du filet, la coopération transfrontalière entre police avait permis aux Mossos d’Esquadra de signaler à leurs homologues français, les véhicules se prêtant au trafic, l’ADN d’un des cambrioleurs avait été relevé dans un domicile visité et son véhicule signalé sur les lieux des effractions. Aujourd’hui tous suivent des thérapies pour abandonner leurs addictions, ou plutôt pour éviter de rechuter. « Au début, c’était en dent de scie, je suis souvent retombée, mais ces dernières années je n’ai rien pris » avouera Morgane. « Rien pris », à part la méthadone produit de substitutions utilisées par tous aujourd’hui. Ils sont toujours « accro » mais a un produit autorisé légalement. Jamais, aucun des prévenus n’a manifesté la moindre nostalgie de sa période de drogue, ils sont obsédés par le désir de décrocher définitivement et hantés par la peur de la rechute. La leçon pour les élèves est double, si la société ne peut empêcher la plupart des délits, elle possède aujourd’hui tous les outils nécessaires à leur punition, la seconde, des toxicomanes décrivent leur vie comme un véritable enfer. Les faits sont anciens et les peines sont légères, de quatre à six mois ferme, du sursis, des jours amendes, une relaxe pour celui qui était accusé de recel. En revanche, les remboursements aux victimes seront considérables et renvoyés sur intérêt civil. Alors que les élèves d’aujourd’hui sont toujours décrits comme particulièrement remuants et peu disciplinés, il faut signaler que les petits troisièmes ont assisté à tous les débats dans un silence de cathédrale, se sont levés et ont quitté la salle dans un ordre et un silence parfaits.

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