Condamnée à vieillir

Marie G. a 93 ans, très pieuse c’est à elle qu’incombe la gestion du tronc des indigents de l’église Sant Jaume. Le 8 février, elle rejoint sa Seat Ibiza garée non loin de là.

Au moment de tourner la clef de contact, elle est violemment saisie par le poignet, une torsion lui arrache son porte-clés, elle est précipitée sans ménagement hors du véhicule et jetée à terre. Elle a tout perdu en un instant, elle ne peut plus rentrer chez-elle, elle n’a plus de papier d’identité, tout est restée à bord du véhicule. Blessée cruellement aux lombaires, le médecin lui prescrit 10 jours d’ITT. Le 17 février, le véhicule est retrouvé abandonné dans une rue perpignanaise. Les enquêteurs découvrent une empreinte papillaire sur le rétroviseur et des traces ADN sur le frein et le levier de vitesse. Ce qui conduit très rapidement à Patrick C. Au tout début de son interrogatoire, Patrick expliquera qu’il a été pris en stop, d’où ses traces laissées un peu partout dans l’habitacle. Puis, il dira avoir trouvé le véhicule garé place du Puig avec les clefs sur le contact et qu’il s’en est emparé. En revanche, il nie absolument l’agression. Trouver un véhicule volé avec les clefs sur le contact n’est pas une version rocambolesque. Autour de cités perpignanaises et dans certains quartiers, il est fréquent que des voleurs laissent des voitures prêtes à être démarrée, afin qu’elles soient utilisés par le plus grand nombre pour brouiller les pistes. Des voitures peuvent ainsi demeurer plusieurs mois et devenir mode de déplacement communautaire. Marie G., explique son avocate, veuve depuis bientôt dix ans, malgré ses 93 ans, était une personne extrêmement afférée, avec une vie active importante, s’investissant dans plusieurs associations. Très sportive, elle se rendait régulièrement à la piscine municipale. Dame de cœur, elle aidait les familles les plus démunies de sa paroisse. Depuis, elle ne sort plus de chez elle, se déplace avec une canne, et vaque d’un fauteuil à l’autre. « Aujourd’hui, je suis devenue une vieille dame » a-t-elle confié à sa défenderesse. Pour Me Nicolau, avocat de Patrick, s’il est évident que son client a bien utilisé le véhicule volé, il n’y a aucune preuve que ce dernier ait commis l’agression violente dont il est soupçonné. « Vous le condamnerez pour le recel de véhicule mais vous ne pourrez que le relaxer pour le vol avec violence ». Le tribunal après avoir délibéré ne suivra pas le plaidoyer. Le président du tribunal Jean-Luc Dooms est catégorique : « Nous n’avons pas cru votre version des faits ». Notre « intime conviction » est que vous avez commis les faits pour lesquels vous êtes poursuivi aujourd’hui. En regard des diverses versions que vous avez donné aux enquêteurs et au casier de justice qui totalise déjà 20 condamnations pour lesquelles toutes les formules pour vous éviter l’incarcération ont été utilisées. Bracelets électroniques, travail d’intérêt général, rappel à loi, sursis etc. La justice a tout essayé avec vous, martèle le président, car « si la liberté est la norme, l’emprisonnement doit être l’exception ». Vous n’avez pas compris les gestes du tribunal, nous n’avons plus que l’emprisonnement pour vous forcer à comprendre. Patrick C. est condamné a quatre ans de prison avec maintient en incarcération et 150 euros d’amende pour défaut de permis de conduire.

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