A l’arraché

Le 13 juin dans une rue située non loin du Palais des Congrès, une dame de 78 ans est jetée à terre, un jeune homme vient de lui faire un croche-pied et lui arrache son collier.

Les forces de l’ordre prévenue, très rapidement, se précipitent, avec la victime, place Cassanyes, espérant surprendre une revente du butin à la sauvette. Bingo ! Sofian, 19 ans, est reconnu aussitôt grâce à sa casquette et ses vêtements, les mêmes qu’il portait pendant l’agression. Dans sa poche, un collier cassé que la dame reconnaît formellement comme étant le sien. Sofian nie tout. Le collier, il l’a acheté à un gitan pour 30 euros, puis le gitan deviendra roumain pour enfin s’appeler Karim. Entre l’agression et son interpellation, dix minutes se sont écoulées. Pas assez pour avoir permis cette soi-disante transaction. De fil en aiguille, l’enquête rapide a permis de retrouver 6 victimes d’arrachages, toutes des dames âgées entre 60 et 86 ans et toutes reconnaissent Sofian formellement. Trois victimes présentes au procès, affirment devant le tribunal que Sofian est bien leur voleur. Une autre dame a été suivie jusqu’à l’entrée de son immeuble, un jeune homme a donné un coup de pied à son chien et la saisi par son collier qui n’a pas lâché. Mais la dame a été blessée. Elle n’a pas pu reconnaître son agresseur, mais là encore une caméra de surveillance a filmé toute la scène. Devant le tribunal comme devant les enquêteurs, Sofian nie toutes les évidences. Le président lui laisse une ultime chance, il ne la saisie pas et préfère continuer à nier. Il n’y est pour rien. Il pleure et dit qu’il veut passer son CAP de peintre. Les bijoux volés ont été négociés et revendus à Figueres dans une boutique d’achats d’or. Le commerçant est obligé de photographier chaque objet acheté et d’exiger une pièce d’identité. C’est la carte de séjour de Sofian qui a été utilisée lors de la transaction et les bijoux photographiés sont formellement reconnus par les différentes victimes. Sofian continue à nier. Les bijoux ? Il les a achetés à des revendeurs. Il veut bien être poursuivi pour recel mais pas pour vol avec violence. Lorsque le président lui demande le nom de ses revendeurs, il n’obtient que des prénoms, il dit qu’il ne les connaît pas bien. Le président lui fait remarquer que s’il a encaissé 3300 euros, sachant que les acheteurs d’or divisent par 4 ce qu’ils rachètent, cela veut dire que cet inconnu lui a fait confiance et lui a laissé 13000 euros de marchandise sans le connaître. Sofian pleure, continue à nier et demande clémence au tribunal pour pouvoir enfin passer son CAP et pouvoir commencer à travailler. Une des assesseurs du tribunal explique à Sofian que malgré le peu de temps que permet une Comparution Immédiate, une rapide enquête auprès de ses professeurs a appris aux enquêteurs que Sofian s’est fait remarquer par son absentéisme et qu’il ne totalise pas assez d’heures de présence pour lui permettre une inscription aux épreuves de son examen. Lors de son entrée en cellule, il a rappelé au policiers, qu’il leur avait échappée quelques mois auparavant « Vous m’avez pas eu la dernière fois ! ». Il n’était pas encore dans son rôle de l’élève pleurnicheur désireux de passer ses examens. Sofian est un primo délinquant, le procureur requiert de deux ans ferme contre lui. Mais le tribunal sera plus sévère que le ministère public, Sofian est condamné à 42 mois de prison dont 12 mois avec sursis. Pourquoi ce sursis ? Pour obliger Sofian  à rembourser ses victimes, sinon le sursis se transformera en un an ferme.

Laisser un commentaire