Le retraité du grand banditisme

 Avec sa gouaille et son accent du sud, on le dirait tout droit sorti d’un film d’Audiard. Il boite et s’appuie lourdement sur deux béquilles. Un accident de travail en prison.

 

Il était boulanger et un empilement de palettes lui sont tombées dessus. En premier instance, il avait pris quatre ans. C’était par contumace, il n’avait pu être présent lors de son procès, et pour cause, il purgeait une peine de 13 ans de prison en Espagne. « Je ne le cache pas, je trafiquais, mais depuis 2000, je ne trafiquais plus en France ». Mécontent de sa condamnation, il a demandé une révision de son procès. « On m’accuse de faits que je n’ai pas commis ». Le 11 août 2000, 860 kg de cannabis conditionnés en plusieurs ballots sentant très fort le gasoil, sont découverts sur la plage du bocal du Tech. Une partie seulement d’une cargaison évaluée à deux tonnes par les enquêteurs, 18 personnes seront interpellées, certaines désigneront notre retraité. « Ce que je ne comprends pas, précise notre pro du trafic de stup, c’est que le cannabis, ça coule, la coke ça flotte, mais le shit ça coule, comment ils ont fait pour trouver des paquets qui flottent ? Le ballot de shit faut qu’ils fassent 10 sur 10, dit-il en mimant un cube avec ses mains, au dessus ça coule …. » Son avocate prouvera qu’au moment des faits, il était déjà en prison du côté de València. Ceux qui l’accusent, il les connaît tous. « Avec Valdès, j’étais copain de trente ans, mais j’aurais jamais bossé avec lui, il travaillait à crédit, et moi j’ai jamais travaillé à crédit … Catenis ? c’était suicidaire de bosser avec lui, d’ailleurs il est de nouveau en tôle ….  Quant à  Llençol ? Il était pas réglo et il savait que moi je travaillais réglo ……. J’ai jamais bossé avec ses trois là ».  Puis, très sérieux il rajoute : « Pourquoi j’aurais fait décharger la came en France alors que sur n’importe qu’elle plage espagnole j’aurais payé la Guardia Civil et j’aurais pu bosser tranquille ?… en payant on a tout en Espagne ».  « On vous décrit comme un individu dangereux » lui rappelle le président Mélendez, « Je me laissais pas faire » répond laconique l’adepte de la French Connection. « On a trouvé des armes chez vous, en Espagne » continue le juge « ouaip ! Trois « escopetas » à canon scié ». « Dans un garage loué par vous et Valdès on a retrouvé du haschich qui sentait le gasoil, comme celui de la plage de Saint Cyprien » continue le juge … ont été découverts aussi, un pistolet mitrailleur, un automatique et une grenade ». « J’ai jamais loué de garage avec Valdès, il y avait beaucoup de trafics en Espagne, eux faisaient leurs affaires de leur côté, moi du mien » Mais les téléphones portables sont très bavards. Les policiers ont tôt faits de comprendre que les « chantiers » sont des livraisons de drogue, « les architectes », des revendeurs et les truelles ? … «  vous n’avez pas dû manier la truelle souvent dans votre vie ? demande le juge ». « Hé non ! Mais je changeais de téléphone tous les jours » répond le prévenu dans un sourire. Aujourd’hui, il se dit « Ranger des voitures », il fait de la céramique et reçoit une pension pour invalidité. « Cela doit changer votre train de vie » lui demande le procureur Bret. « Est moins riche celui qui possède que celui qui sait vivre sans » lui répond sans se démonter et en espagnol, notre retraité. « Vous avez empoisonné des enfants pendant des années et certains doivent être intoxiqués jusqu’aux yeux à l’heure qu’il est. » lui réplique le parquetier. Justement, il a fait amende honorable répond son avocate, aujourd’hui, dans le cadre d’activités périscolaires, le prévenu enseigne la céramique aux élèves d’une école. Comme quoi, le trafic de drogue peut mener à tout, à condition d’en sortir. L’avocate demande une confusion des peines avec celles déjà effectuées dans les prisons espagnoles. Relaxe partielle pour les faits cités, refus de confusion des peines, quatre ans ferme pour détention et importation, transport de substances non autorisées. Le prof de céramique va répondre absent lors du prochain appel.

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