La musique adoucissait trop les mœurs

 

Michel Onfray dans son Anti manuel de philosophie explique aux futurs bacheliers qu’un pédophile n’a pas choisi de l’être. Mais, toujours selon le philosophe, lorsqu’il passe à l’acte, il devient, « un délinquant relationnel » … risquant à tout moment de devenir un repris de justice.

Qu’est ce qui peut passer par la tête d’un professeur de musique, connu, respecté, à la vie associative multiple et variée, de caresser les fesses de fillettes de 9 à 10 ans ? Devant ses juges, il reconnaît les faits, mais nie absolument le caractère sexuel de son geste. Il l’explique comme un geste familier « excessivement affectif ». Il n’y a que des filles qui ont été entendues par les gendarmes. L’avocat des familles Me Castelet lui demande tout de go : « Faisiez-vous ce même geste sur des garçons ? Si ce geste n’a rien d’équivoque, vous pouviez le faire sur des élèves indépendamment de leur sexe ? » C’est un piège, le professeur bégaye, murmure un « oui sans doute ». Difficile d’avouer un geste sur des garçons quand on ne l’a jamais fait. Le président Jean-Luc Dooms mime deux gestes affectifs sur un de ses assesseurs, sur la tête puis l’épaule. Et l’avocat des familles, de souligner  qu’en aucun moment le président n’a touché aux fesses de son assesseur, car caresser les fesses n’est pas un geste neutre. Les faits avaient le plus souvent lieu lorsque les élèves entouraient le piano, les petites victimes décrivent des caresses dans le dos, sur les reins et des gestes (caresses) circulaires sur les fesses. « Je me rends compte, aujourd’hui, qu’on ne peut pas toucher les enfants » murmure le prévenu. Le tribunal, l’avocat de la partie civile et le procureur ne peuvent y croire. On ne peut aujourd’hui prétendre « ne pas savoir ». Les médias et la hiérarchie enseignante ne cessent de répéter, de prévenir, de réitérer des conseils de prudence contre ce qu’un film avec Jacques Brel appelait « Les risques du métier. » Quand les deux premières élèves se sont rendues dans le bureau de la directrice de l’école, pour la prévenir des gestes du professeur de musique, celle-ci a eu un « reflexe évêché », celui du « on étouffe tout ». Elle a répondu aux petites élèves dont elle avait la responsabilité, qu’il ne fallait surtout pas le répéter, car elles risquaient de pousser leur professeur au suicide. Affligeant. Depuis, six familles ont porté plainte, quatre se sont portées partie civile. Les parents sont présents dans la salle d’audience, ils trépignent lorsque le professeur tente de minimiser la portée de ses gestes. Depuis les dénonciations des faits, en décembre 2013, le professeur a été mis à pied, mais il continue de recevoir son salaire, 1800 euros par mois. «  Ce n’est pas l’affaire du siècle » dirons tour à tour le président et le procureur, mais il y a eu agression sexuelle par autorité de droit ou de fait. « Un dérapage » dira le prévenu. Jean-Luc Dooms lui donnera une dernière fois la parole à la fin du procès. Le professeur de musique ne parlera que de lui. Le président insistera, afin de lui faire dire un mot pour les victimes. En vain. Mais comment le pourrait-il, puisque, selon lui, ses gestes n’avaient rien de sexuel ? Le professeur est reconnu coupable et condamné à six mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de toute activité, comme salarié ou bénévole, en contact avec des mineurs puis à payer 500 euros à chacune des quatre parties civiles et 300 euros par victime pour frais d’avocats. Son avocat, Me Capsié, a annoncé qu’ils feraient appel de cette décision.

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