« Dans l’enfer des foyers »

 

 

L. Lies dans son autobiographie* de jeunesse, dénonce les dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance. Comment, balloté pendant 18 ans de foyers en familles d’accueil, les violences sont devenus son quotidien, les viols, la maltraitance, jusqu’à l’enfer des tournantes découvert à 14 ans.

Ils sont beaucoup comme lui à occuper le banc des accusés des tribunaux. Leurs avocats égrènent pour eux leurs misères subies de foyer en foyer. Karina est l’une d’elles, petite victime qui pour survivre à l’enfer, s’est construite une carapace de dure à cuire. Elle sourie avec un petit air de défit au tribunal qui lui fait face. Scolarisée au lycée Maillol, elle s’est prise de bec avec son professeur de sport. Fidèle au personnage protecteur qu’elle s’est forgée, elle lui a exhibé une liasse de billets sous le nez. Convoquée chez madame le proviseur, une rapide fouille a mis à jour deux têtes de cannabis et 170 euros en petite coupures. Karina « dépanne », c’est-à-dire qu’elle « deale » autour de son lycée. Son téléphone portable est révélateur, une trentaine de clients reconnaît-elle. Elle avoue vendre 4 à 5 g. par jour, pour un gain d’environ 750 euros par mois. Son casier est celui d’une petite sauvageonne indomptable. Deux à trois outrages à agent, plusieurs dégradations et destructions de biens, puis un vol avec violence qui lui a valu un sursis, maintenant révoqué, et une récidive légale. La proviseure s’est plainte de son attitude lui rappellent les enquêteurs, ce à quoi elle répond : « Je l’ai juste envoyée chier verbalement ». « Savez-vous combien vous encourez ? » lui demande le président. Elle ne sait pas, Réponse de M. Mélendez : « Dix ans ferme ». Le procureur lui pose une autre question : « Savez-vous combien de femmes il y a en prison ? » Karina ne sait pas non plus, « Elles représentent 4 % de la population carcérale, vous êtes sur la mauvaise pente, continuez comme ça et vous vous retrouverez au quartier féminin de Mailloles. » « Je vends pour me payer ma consommation personnelle » répond-elle comme pour s’excuser. « Vous fumez beaucoup ? ». Cinq a six joints par jour, soit 300 euros par mois. « Là c’est Ramadam, j’ai beaucoup diminué, je ne fume que le soir ». « Comment en sortir ? » réfléchit tout haut le procureur de la République, « Il faut lui mettre la pression » et il requiert 6 mois ferme. Comme elle n’a pas d’avocat, Karina, doit se défendre seule et prend la parole en dernier. Ses premiers mots s’étranglent en un sanglot. Sa carapace de sauvageonne se fissure « Je me suis battue toute ma vie, je ne veux pas entrer en prison, je viens d’avoir mon bac en « repêche », je viens d’être admise dans un lycée, je veux m’intégrer dans la société ». Elle est condamnée à 6 mois ferme et six mois avec sursis et mise à l’épreuve. L’incarcération sera certainement aménagée par le juge d’application des peines pour lui permettre de suivre ses chères études. Le président Mélendez ajoute après lecture de son délibéré : « Je vous préviens, si on vous prend à vendre dans votre nouveau lycée, nous vous enverrons tout droit à Mailloles. » Karina essuie une larme furtivement, Comme chante Brassens : « C’est une larme au fond des yeux qui lui value les cieux ». Gageons que nous ne reverrons jamais plus Karina à la barre d’un tribunal.

 

« Dans l’enfer des foyers » L. Lies ed. Flammarion

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