André Laffitte et le miel de thym catalan

La loi sur l’étiquetage est très claire : Il doit être loyal et ne doit pas induire le consommateur en erreur (composition du produit, origine…). Les mentions obligatoires devant figurer sur les produits sont :

a) la dénomination de vente qui définit le produit (ex. : confiture extra de framboises)

b) l’origine, si son omission risque d’induire le consommateur en erreur (ex. : chorizo espagnol, fabriqué en France), on peut indiquer seulement le pays, ou le département, voire la commune (ex. : Fabriqué en Ardèche). Mais en aucun cas on ne peut indiquer une provenance erronée.

Le nom de Laffitte fut, durant des décennies, synonyme de « miel » en Pays Catalan. André Laffitte a été président du syndicat des apiculteurs des P-O, syndicat qu’il a, lui-même, créé. Basée à Ille sur Têt, sa production rayonnait sur tout le département, elle fut longtemps omniprésente dans la plupart des épiceries du pays. Le 30 avril 2003, pour cause de retraite, il a vendu son exploitation « florissante » soulignera son avocat, Me Nicolau. Chiffre d’affaires, un million d’euros par an, cédée pour  un million d’euros à un jeune apiculteur qui a rebaptisé la société : « Rayon d’or », mais qui a continué à utiliser le même logo que la maison Laffitte. Il avait acheté toute l’unité de production au grand complet, clientèle comprise. Seule une dérogation à la clause de non-concurrence précisait qu’André Laffitte pouvait continuer de vendre sa production, au musée du miel de Valcebollère.

« Votre musée qui n’a de musée que le nom« 

Un petit musée créé, il y a 25 ans, avec des aides financières européennes, et utilisé encore aujourd’hui, comme boutique par M. Laffitte. Le président du tribunal Jean-Luc Dooms précisera : « Un musée qui n’a de musée que le nom, qui vous sert avant tout à vendre votre miel ». Il y vend, ce qu’il appelle « sa petite production », du pain d’épice, des bonbons et autres produits dérivés à base de miel. C’est la personne qui a racheté l’exploitation apicole de M. Laffitte qui a porté plainte contre lui, pour concurrence déloyale. Tout d’abord parce que M. Laffitte continue à utiliser le logo de l’abeille sur les étiquettes, symbole qui a été racheté par le nouveau propriétaire. M. Laffitte répond : « J’avais fait plein d’étiquettes quand j’étais en activité, alors j’ai voulu les profiter ». Mais il a été relevé, 130 dépliants au syndicat d’initiative de Valcebollère, avec toujours le même logo désignant les produits d’André Laffitte. Puis, ce dernier est soupçonné d’emploi dissimulé, car son épouse l’aide au musée, où elle vend des produits d’épicerie et des souvenirs. Réponse du prévenu : « Ho ! Elle a quatre-vingt-deux ans, elle a du mal à marcher, alors pour encaisser un produit, elle met le temps ». D’où son désarroi. Mais une épouse peut aider son mari, sans que cela ne soit répréhensible.

Aucune comptabilité

De toute façon, M. Laffitte affirme au tribunal, comme il l’a fait aux enquêteurs, qu’il ne tient absolument aucune comptabilité de ses ventes. Il faut préciser que le but primordial du musée, aux yeux d’André Laffitte, ce n’est en rien sa petite épicerie, c’est le projet pédagogique : « Pour montrer aux enfants les animaux, les mouflons, les isards, tout ça … et la vie des abeilles ». Tous ceux qui connaissent M. Laffitte reconnaîtront là, la passion qui l’habite depuis trente-cinq ans : Éduquer les enfants aux joies de la nature. Enfin, dernière plainte, les étiquettes des pots de miel annoncent une production de miel du département de Pyrénées-Orientales, alors qu’il achèterait du miel en Ariège. Il sera même question de fûts de 300 litres venant d’Espagne et d’Argentine découverts dans ses locaux. Mais, il n’en sera fait mention qu’une seule fois pendant le procès, sans qu’aucune réponse ne soit apportée. « Vous achetez en Espagne » demande le président. André Laffitte est catégorique et outré : « Non ! d’Espagne ? Non ! »

Pas de miel de thym en Roussillon

Toujours d’après les enquêteurs, une analyse de certains de ses miels a été réalisée, notamment, celui de thym. Les résultats sont excellents, c’est effectivement un miel de thym de grande qualité et de pourcentage optimal. Problème ! Il n’y a pas de producteurs de miel de thym dans le département, il n’y en a pas en Ariège et encore moins en Languedoc-Roussillon. Le seul miel de thym, en vente dans le département, est d’importation catalane de l’état espagnol *. Mais chacun sait que le Pays Catalan ne connaît pas de frontière. Le plus significatif dans l’histoire, c’est la diversité des miels vendus par André Laffitte : garrigue, romarin, rhododendron, montagne, thym, lavande, châtaignier, bruyère, tilleul, neuf à dix variétés avec soixante-cinq ruches. Un apiculteur hors pair, sans aucun doute.

Pas d’eau courante

Depuis l’arrêt de ses activités, il y a huit ans, M. Laffitte continue le conditionnement de sa production dans un hangar sur sa propriété. Il a été visité par les services de gendarmerie, rien à signaler. La production de produits alimentaires exige une hygiène stricte, bonnets pour les cheveux, chaussons spéciaux, et surtout, de maintenir des locaux dans une propreté plus que parfaite. Sans eau courante, c’est un exploit tout à fait remarquable. À l’heure où nombre d’agriculteurs sont accusés de gaspiller l’eau douce, ce tour de force de M. Laffitte vaut, sans conteste, la médaille de commandeur de l’ordre du mérite agricole. Distinction, qu’il a obtenue il y a quelques années. « Combien de ruches possédez-vous ? » demande le président du tribunal. Là, les résultats fluctuent largement entre 35 et 65 : « … mais pour en avoir 65, précise M. Laffitte, il en faut 100 à cause de la mortalité ». Sur son site Facebook, il en revendique 800. « Et puis, je fais la transhumance » rajoute t’il. Transporter, à lui seul, d’un bout à l’autre du département, les 65 ruches qu’il revendique devant le tribunal, nous laisse tous admiratifs. M. Laffitte, à 81 ans, est d’une santé tout à fait remarquable. « Combien produisez-vous par an ? » demande le président. « En 2012, 600 kg de garrigue et 600 kg de montagne ».  « Mais, précise t’il, je fais des échanges avec des collègues apiculteurs, lorsqu’il y a trop de « montagne » et pas assez de « garrigue » par exemple ». Après la plaidoirie de son avocat, le tribunal donne droit à une dernière déclaration du prévenu. André Laffitte se lève, profondément ému, il pleure, et ce sont de gros sanglots dans la voix, qu’il répète qu’il n’est mû que par sa foi dans les vertus pédagogiques de la vie des abeilles pour l’éducation des jeunes enfants, il ne comprend pas comment, celui qui lui a racheté son exploitation, peut aujourd’hui, porter plainte contre lui.

André Laffitte sera relaxé de tous les chefs d’accusation portés contre lui, sauf celui d’étiquetage avec provenance erronée, en répression, il est condamné à une amende de 500 euros avec sursis. Nos chères petites têtes blondes, en vacances, pourront continuer à découvrir la vie des abeilles et « apprendre les animaux, les isards, les mouflons et tout ça ». Me Capsié, pour la partie civile, a rappelé, durant le procès que l’affaire sera présentée, prochainement, devant le tribunal de commerce. La brigade de contrôle et recherche des impôts qui a enquêté sur le dossier a, dernièrement, infligé à André Laffitte une amende 5000 euros au titre des différentes infractions constatées. Une enquête fiscale est en cours.

* Production la plus habituelle, Mel Alemany S.I. Os de Balaguer (Lleida)

 

 

 

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