Un conte de Noël au tribunal

 Ce sont trois petits voyous de quartiers, ils n’ont jamais fait de gros coups, une revente de haschich à la sauvette, un petit cambriolage. Des gagne-petit.

Dans le quartier, ils connaissent un monsieur qui leur ressemble, mais les années aidant, ce dernier s’est fait plus prudent. Il traficote chez lui, les cigarettes, les portables. Il a mis des sous de côté, il en est tellement fier qu’il va les montrer à Eddy. Il n’en fallait pas plus. Eddy ira chercher deux complices, Fabrice et un troisième homme qui ne sera jamais découvert. Le plan d’Eddy est simple, il envoie sa femme et une copine au revendeur qui apprécie la gent féminine. Elles lui feront du charme et laisseront la porte de la rue ouverte. Eddy, Fabrice et le troisième larron entreront et fouilleront la maison discrètement. Mais, dans les meilleurs plans, un simple grain de sable et rien ne se passe comme prévu. Surpris dès leur entrée, Fabrice va gifler plusieurs fois la victime, l’enrouler dans une couverture et l’enfermer dans sa chambre. C’est lui qui trouvera l’argent, derrière une plainte de la salle de bain, 4000 euros. Toute la fortune du trafiquant, qui les a reconnus. Ce qui conduit, Eddy et Fabrice en prison.

 Un voyou et pourtant …

C’est Fabrice qui comparait libre devant ses juges. Son épouse est dans la salle, une très jolie blonde qui le couve du regard. Il a fait 16 mois de préventive. Nous étions présent lorsque le 18 juillet 2012, le président Dooms lui accorda une mise en liberté pour trouver du travail. Ce qu’il a fait. Il a son dossier bleu, comme un trésor, devant lui. Il contient son contrat de travail, il est carreleur, il en est très fier, c’est la preuve que « les conneries, c’est terminé ». Il paye même l’Urssaf annonce t-il, crâneur, comme s’il annonçait l’obtention d’un diplôme. Mais Eddy en fait trop, il interrompt sans arrêt le Président, répond à ses questions par d’autres questions. M. Dooms le rappelle à l’ordre constamment. Jusqu’à ce que la jolie épouse du fond de la salle lui souffle : « Arrête ». Le président Dooms, que normalement le moindre commentaire venant de la salle, met en fureur, fait remarquer au prévenu : « Vous avez entendu ? Vous feriez mieux d’écouter votre épouse, vous devenez très pénible ». Alors, Fabrice raconte, ou plutôt « aboie » comme lui dira M. Dooms, il n’a pas eu de parents, à partir de l’âge de 4 ans, son enfance ce seront les foyers. C’est très dur de ne pas avoir de mère dira t’il. Mais maintenant, lui, il a une fille, c’est toute sa vie, sa femme et sa fille. Il veut vivre avec elles. « J’ai tout avoué, tout reconnu, je me suis livré à la police et puis faute avouée est à moitié pardonnée à ce qu’on dit ». « Ho ! Méfiez vous de tout ce qu’on raconte » lui réplique M. Dooms. La police ne l’avait pas trouvé, il s’est livré. « Ils sont incompétents » remarquera Fabrice. « Il n’y a que les voleurs qui sont compétents dans votre monde » lui répond le président.

Le courant passe …

Fabrice n’est pas très sympathique, et pourtant un courant passe, derrière le ton et le vocabulaire pauvre aux accents des quartiers, il y a une certaine sincérité chez Fabrice. Si bien que le Tribunal et même le procureur Bret vont croire en lui. Son casier ne plaide pourtant pas en sa faveur, neuf condamnations, trois vols en réunion, recel, violence aggravée et un cas de violence sur conjoint. C’est la jolie blonde au fond de la salle qui en a fait les frais. « Votre épouse vous a pardonné et vous n’avez pas d’avocat, dites nous ce qui pourrait nous inciter à faire comme elle ? ». Alors, Fabrice, se raconte à nouveau, la prison, ce n’était pas le pire dans sa vie, vivre qu’avec des hommes ? Il a fait onze ans de foyers, mais rester loin de sa fille a été terrible, maintenant,  il travaille, il veut refaire sa vie, si jamais il devait repartir en prison, il perdrait son travail, il ferait plus jamais rien. Il s’est à nouveau excité tout seul, a haussé le ton, menacé presque, mais en foyer, il n’a jamais du apprendre à s’exprimer autrement. « Vous êtes très pénible à supporter » lui confie M. Dooms. Le procureur Bret, pour le ministère public, prend la parole, il sourit, ce qui ne veut rien dire, nous l’avons entendu réclamer les sanctions les plus sévères en commençant par un sourire. Cette fois, ce sera tout le contraire, il veut faire confiance à Fabrice, malgré son casier, malgré son agressivité à la barre, malgré son incapacité totale à s’exprimer calmement … et puis c’est bientôt Noël dira t-il. Le tribunal suivra son réquisitoire, trois ans de prison, un avec sursis, les deux restant aménageables pour pouvoir continuer à travailler … et comme le disait le procureur Bret, pour que sa fille n’aille pas le voir à Noël derrière un parloir. Fabrice a eu beaucoup de chance. Mais le président le rappelle à l’ordre avant qu’il ne s’en aille : « Ne trahissez pas notre confiance, car nous saurions nous en souvenir ». En revanche, Eddy ne pourra bénéficier de ce vent de générosité qui souffla ce jour-là sur le tribunal, pour lui, ce seront quatre ans ferme.

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