Tempête dans le landernau catalan

CDC, le parti d’Artur Mas, actuel président du gouvernement autonome catalan, a scellé une alliance avec le chef de l’opposition Oriol Junqueras (ERC) gauche républicaine pour préparer, dans un délai de deux ans, un référendum afin de proposer aux Catalans de déclarer, s’il veulent continuer de faire partie d’une région autonome d’Espagne ou se séparer carrément de l’état central et de devenir un nouvel état indépendant intégré à la communauté européenne. D’ores et déjà, le gouvernement de Mariano Rajoy a déclaré qu’il mettrait tout en œuvre pour empêcher le bon déroulement du référendum. « Tout en œuvre », certains y perçoivent même une intervention de l’armée, seule garante constitutionnelle de l’unité de l’État espagnol.

 « Un verdadero fiasco »

En 2006, alors que la formation catalanatiste CDC était encore dans l’opposition, il avait été créée, à Perpignan, une succursale de ce grand et prestigieux parti catalan avec grand renfort financier. Un local luxueux a été acheté, près de  500 000 euros et le président, Jordi Vera, devenait salarié de CDC. En contrepartie, il lui était demandé, des résultats. Et des résultats, pour une organisation politique, ce sont des élus. Cette course effrénée à l’élu, Jordi Vera va la faire en présentant des candidats à toutes les élections. Souvent en monnayant sa présence, via les finances du parti central. Par exemple sur la liste de Jean Codognès aux municipales de Perpignan. Parfois, pour une même élection, il n’hésitera pas ‘à présenter un candidat sur une liste de droite et sur une liste de gauche, au cas ou, comme aux municipales de Saint Cyprien. Enfin, aux dernières régionales, Jordi Vera a accompagné à Paris, Artur Mas, afin de négocier avec Xavier Bertrand, une place sur la liste UMP, conduite par Raymond Couderc et Jean Castex, maire de Prades, au même moment, toujours le même Jordi Vera, se disputait avec les Verts-Génération Écologie, pour être présent sur leur liste, pour terminer, il se présentera sur la liste PS d’Hélène Mandroux et de Jacqueline Amiel Donat, face à la candidature PS dissidente de Georges Frèche et de Christian Bourquin. La liste choisie en dernier ressort par Jordi Vera sera reléguée à la 6e place avec un score désastreux de 7,74 %. Une habitude, puisque les candidatures catalanistes présentées par CDC en Catalogne Nord ont obtenu les plus petits scores électoraux de toute l’histoire du catalanisme politique nord-catalan. . S’il est vrai qu’en politique, souvent la fin justifie les moyens, cette course en zigzag couvrant tout l’échiquier politique finissait par faire désordre. De plus, les résultats étaient loin de satisfaire les instances barcelonaises, malgré les sommes importantes englouties par nos Catalans du sud, chez leurs petits frères du nord. Autant les pourcentages sont ridiculement bas, autant les voix obtenues par CDC Catalunya Nord, sont les plus chères depuis l’avènement de la démocratie dans les Pyrénées-Orientales. Côté Nord, la Généralité et le parti de Jordi Pujol qui ont longtemps joui d’un prestige certain auprès des institutions politiques perpignanaises, au fur et à mesure de tous ces louvoiements de droite à gauche, ont vu ce prestige très sérieusement se lézarder.

 Puis vint  le processus d’indépendance !

La victoire d’Artur Mas aux élections autonomes et la manifestation du 11 septembre 2012, réunissant plus d’un million et demi de personnes réclamant à cors et à cris, l’indépendance, dans les rues de Barcelone, devait changer totalement la donne. Artur Mas annonçait un référendum pour le « droit de décider » (dret a decidir) de l’avenir de la Catalogne. Depuis les petits frères du nord sont devenus un tantinet gênants. Il est évident qu’un processus d’indépendance et d’intégration à la communauté européenne exige les meilleurs rapports avec les autres Etats européens, et tout particulièrement leur puissant voisin français, deuxième puissance financière et politique. Une France, ce n’est un secret pour personne, particulièrement chatouilleuse, lorsque l’on remet en question l’article premier de sa constitution : La République est une et indivisible.

 Le divorce est consommé

Le 14 avril 2013, un long article dans le journal catalan « La Vanguardia » signait la fin de la collaboration politique entre la Convergencia Democratica de Barcelona et celle de Perpignan, en soulignant que les résultats électoraux sont « un désastre », « un verdadero fiasco », un fiasco véritable, pour la formation politique CDC de Jordi Vera. Fin 2012, un accord électoral de parti à parti, entre l’UMP locale et la CDC de Jordi Vera, permettait de penser que très prochainement des militants du parti catalaniste seraient présents sur des listes UMP. Que l’UMP nationale ait des relations privilégiées avec le PP espagnol, parti au pouvoir en Espagne et farouchement anti-indépendantiste, semblait ne posait aucun problème. François Calvet, l’un des signataires de l’accord, assurait au journal L’Indépendant, le 15 avril, qu’il avait téléphoné à Germà Gordo, ministre-conseiller de la Justice de Catalogne, promoteur de l’aventure nord-catalane de CDC, et le sénateur-maire du Soler affirmait que celui-ci démentait formellement l’information de La Vanguardia. Malheureusement, ce que ne sait, visiblement pas, François Calvet, c’est que Germà Gordo n’est plus un des ministres décideurs à Convergencia.

 « Desatrosos ! »

Aujourd’hui à la Generalitat, comme dans le parti au pouvoir, l’homme fort, c’est Francesc Homs, secrétaire général de la Présidence de la Generalitat de Catalogne et porte-parole du Gouvernement. C’est lui qui soutient le processus de référendum et qui a décidé de fermer la succursale perpignanaise de CDC.  Jordi Vera, lui aussi, a envoyé des coupes feux à toute la presse, expliquant que l’article était mensonger et que l’alliance avec les frères du sud continuait comme par le passé. Fort est de constater que plus de dix jours après la publication de cet article, aucun démenti officiel émanant du parti central n’a été communiqué. Le journaliste de La Vanguardia, correspondant de Madrid, ne connaît absolument rien de la vie politique perpignanaise.  Il n’a pu publier cet article que parce qu’il avait de très sérieuses garanties politiques sur la véracité de ces informations qui lui ont été communiquées par un secteur proche de Francesc Homs. Ce dernier, veut voir au plus vite se terminer l’expérience « desastrosa » de CDC en Catalogne du Nord. Quant à la Casa de la Generalitat de Perpignan, elle passera directement à dépendre de la Maison de la Catalogne de Paris. Résultat : L’expérience de Perpignan aura coûté une véritable fortune au Parti CDC de Barcelona, pour un résultat qualifié de « verdadero fiasco » par l’honorable informateur de CDC à La Vanguardia.

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