Que cache une robe ?

 

 

Lors d’une pose entre plusieurs audiences, sur les « marches du palais », arpentait de long en large, Me Raphael Chiche du barreau de Paris. Repéré de suite à son absence d’hermine au bout de son épitoge, je lui demandais si je pouvais l’aider, comme tout catalan est amené à le faire pour conserver l’excellente réputation d’hospitalité dont nous jouissons dans les brumes nordiques. « J’attends M. Jean-Luc Dooms, me répond-il, pour lui dire combien c’est chaque fois un honneur pour moi que de pouvoir plaider devant un des plus grands juges de France. » Dont acte, si le grand nord (Pays de Galles) nous a apporté d’excellents fichages comme James Hook à l’Usap. Sachez que le « noooord » de Galabru nous a aussi apporté, Jean-Luc Dooms, vice-président du tribunal, considéré tout autant comme un excellent fichage judiciaire. Devenu Usapiste en s’installant à Perpignan, Jean-Luc Dooms pourra mesurer à sa juste valeur ce que cette comparaison peut signifier en Pays Catalan. Mais pourquoi, le Catalan soucieux de notre bonne réputation, que je suis, a-t-il repéré de suite l’avocat parisien ? Parce que les avocats de Paris sont les seuls à ne pas porter l’hermine au bout de leur « épitoge », cette sorte d’écharpe qui orne l’épaule de leur robe. Et, soit dit en passant, qui les agasse quelque peu, car elle pendouille, toujours là ou il ne faudrait pas, pendant leurs trop longues plaidoiries. Deux explications à cela, d’abord la plus belle, mais considérée comme légende par certains historiens. Lors du jugement du roi de France, Louis XIV, son avocat Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes défendra tant et si bien le monarque que les révolutionnaires lui feront bientôt payer son talent en l’envoyant, avec toute sa famille, à la guillotine. Dans un élan de solidarité, les avocats parisiens auraient alors coupé leur hermine. Acte d’autant plus courageux qu’en ces temps révolutionnaires, les désignés coupables étaient très rapidement coupés. L’autre, celle à laquelle nous ne voulons pas croire viendrait des racines religieuses de la robe d’avocat qui était aux origines la soutane des curés qui assuraient la défense des accusés. Les avocats avaient un manteau ordinaire pour les audiences « ordinaires » et un manteau herminé pour les audiences solennelles, se tenant en présence du roi. L’épitoge représentant l’ancien manteau que les clercs portaient sur l’épaule. L’hermine est réservée encore, dans la capitale, aux bâtonniers et aux membres du conseil de l’ordre. Sans hermine, on dit que l’épitoge est « veuve ». En tout autre endroit de France qu’à la capitale des jacobins ultra centralistes, un tel acte différentiel pourrait être qualifié de « séparatisme inacceptable ». Autre contradiction héritées de la tradition, en ces lieux d’ordre républicain et ho ! combien laïque, la robe des avocats a conservé ses trente trois boutons en mémoire de l’âge ou le Christ est mort sur la croix. Espérons que ce conservatisme est là pour rappeler à tout magistrat, que ce jour-là, la justice avait condamné à mort un innocent. En vérité tous les avocats font passer leur robe par-dessus la tête avant de plaider, car boutonner et déboutonner trente-trois boutons est si fastidieux que cela pourrait contribuer à engorger, encore plus, les tribunaux.

 

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