Le miraculé du tribunal

A l’appel de son nom, il se lève difficilement, M. Pubill boite bas sur sa jambe droite, il porte une grosse ceinture de contention par-dessus tous ses habits. Il n’est pourtant pas très âgé, une quarantaine d’années.

Le président Menendez prononce quelques mots, et notre Pubill, met sa main en cornet sur son oreille gauche en grimaçant sous l’effort. Il essaie de déchiffrer ce que lui dit le président. En plus, il est sourd ? « J’ai des bouchons, Monsieur le juge ! ». Réplique du président tout sourire, il aurait fallu les faire enlever avant de venir. Etait-il d’ailleurs indispensable de l’obliger à se déplacer avec toutes ses infirmités ? « Un médecin des urgences de Médipôle, lui lit M. Menendez, a porté plainte contre vous, pour menaces de mort, et on a trouvé un couteau sur vous ». Il faudra deux ou trois répétitions avant que M. Pubill ne comprenne. En effet, sa femme avait un panaris au doigt, à minuit, n’y tenant plus, ils se rendent tout deux aux urgences. Mais tout le monde leur passait devant, explique t-il. Le président essaie de faire comprendre à Pubill qu’il est un peu compréhensible qu’aux urgences d’un centre hospitalier, il y ait d’autres urgences, plus urgentes, qu’un panaris au doigt. Alors, M. Pubill, explique, que n’y tenant plus, il est allé dans les couloirs à la recherche d’un médecin. Il a ouvert une porte et en a trouvé un, mais le premier contact n’a pas été des meilleurs, on se demande bien pourquoi ? « Repartez d’où vous venez, on vous fera signe ». Le ton monte, et M. Pubill de dénoncer un cas flagrant de racisme caractérisé, le médecin, lui aurait dit : «  Vous êtes tous les mêmes », « ça m’a pas plus » M. le juge, « je suis Gitan Catalan, mais je suis français ». Le président soupire, ce n’est pas pour cela que vous êtes devant un tribunal, vous lui avez dit que si vous le rencontrez en ville, vous lui ferez la peau. « J’avais trop attendu, M. le juge, j’étais énervé, je sais pas ce qui m’a pris ». Allez, attendre le résultat. Dans la salle des pas perdus, M. Pubill est en grande conversation avec un cousin de l’autre côté de la pièce, sans élever la voix. Il est heureux de constater que ses problèmes de surdité ont l’air d’aller vers la guérison, proportionnellement à la distance de M. Pubill avec la barre du tribunal. Plus il s’en éloigne et mieux il entend. M. Pubill est à nouveau appelé à la barre pour que lui soit signifié le délibéré. Résultat dix euros-jours pendant 50 jours. Il ne comprend pas, faut dire qu’à nouveau, sa surdité s’est cruellement aggravée. « C’est-à-dire que les jours non payés se transformeront en jour de prison » explique le président. « J’ai pas d’argent ! ». Il essaiera de négocier un peu le prix, mais le président n’est vraiment pas doué pour le marchandage. C’est 500, pas un euro de moins. Alors M. Pubill repart, crie après son épouse, car il est en colère, mais dans sa rage, il en oublie de boiter et s’en va droit comme i. Le président se tourne vers ses assesseurs : « C’est un miraculé du tribunal ! ».

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