Le dernier « bandoler » de la Cerdagne

Le « bandolerisme », banditisme en français, a été longtemps synonyme de Catalogne. Pendant des siècles, l’espace géographique catalan a été le plus dangereux d’Europe. Les « bandolers » hantaient toutes les montagnes, ils y étaient chez-eux, en connaissaient les moindres recoins et plusieurs bandes n’hésitaient pas à faire alliance pour attaquer les villages ou assiéger des villes entières. C’est un aspect peu connu de l’histoire catalane, mais les écrits des voyageurs et même, Cervantès, dans le Quichotte, décrivent tous, les terres catalanes comme sauvages et périlleuses.

Le hameau de Pi, à côté de Bellver, était connu pour être habité par les hommes les plus forts de la Cerdagne. Redoutables au combat à mains nues, ils étaient la terreur des bals de village. Jusqu’au jour, où naquit Marti Cots Saleta, petit, malingre, chétif. Il va terroriser tous ces géants que personne n’arrivait à raisonner. Il faut dire que, tout comme Billy the Kid, il se promène toujours armé. Seule différence avec la légende américaine, Marti préfère le fusil de chasse à canon scié aux six coups des cow-boys.

 Trente détentions et une dizaine d’évasions

Il est tout de suite surnommé Ramonet del Pi, un nom de Trabucaire, parce que fils de La Ramona et natif du hameau de Pi, mais il préfère celui de Rambo de la Cerdagne , comme l’ont baptisé les journalistes de Barcelone. Agé aujourd’hui de 43 ans, les psys lui donnent un âge mental entre 8 et 12 ans, ce qui n’empêche pas de faire de lui un dangereux délinquant, en droite ligne avec la longue tradition du bandolerisme catalan. A 24 ans, il a déjà un curriculum impressionnant et cumule une trentaine de détentions et une grande quantité d’évasions spectaculaires. En 1991, il réussit à fuir, menottes aux poignets, du tribunal de Lleida, à la barbe de la Guardia Civil qui l’escortait. En juillet 92, il est détenu alors qu’il venait d’attaquer deux couples qui passaient leurs vacances près de Bellver de Cerdagne.

 Il s’échappe en tracteur

En 1993, à Bellver de Cerdagne, il n’hésite pas à tirer sur la Guardia Civil qui venait l’arrêter, cinq coups de fusils de chasse canon scié, son arme de prédilection. Ce qui lui permet de fuir et traverser la frontière, sur un tracteur qu’il a volé dans un champ. La gendarmerie prévenue mobilise un hélicoptère pour sa recherche mais il arrivera miraculeusement à s’évaporer encore une fois dans la nature. Il réapparaît en Italie où les carabiniers l’arrêtent, lui passent les menottes, mais il réussira encore une fois à s’échapper, malgré ses entraves. Ils perdent sa trace. Comment s’est-il débarrassé de ses liens ? L’histoire ne le dit pas. Mais, il réapparaît encore une fois en Cerdagne, sa terre de prédilection. Il connait ce territoire comme sa poche et vit le plus souvent caché dans des baraques de bergers dissimulées dans la montagne où il prend le soin de toujours laisser des provisions en prévision de ses prochaines escapades.

 Il tire sur la Guardia Civil

En Février 94, la Guardia Civil le retrouve au volant d’une voiture volée, roulant sans plaque d’immatriculation, la benemerita le prend en chasse. Il n’hésite pas à garer sa voiture dans un virage près de Vilanna et à tendre un véritable guet-apens aux espagnols. Se servant de la voiture comme bouclier, il tire plusieurs coups de feu en leur direction, toujours avec son inséparable fusil canon scié. La Guardia Civil riposte. Marti Cots est touché ainsi qu’un des guardias civiles. Ramonet del Pi est hospitalisé, jugé et enfermé à la prison de Ponent à Lleida. En 1999, il profite d’une permission de sortie pour disparaître à nouveau dans la nature. Cots retourne en Cerdagne, d’où il va rayonner dans toute la région. Fusil à canon scié à la main, il attaque la Caixa de Girona à Llivia. Pour cette première action, il n’hésite pas à traverser le territoire français. Puis c’est le tour de la Caixa de Manresa de La Poble de Lillet et de la Caixa del Penedès de Puigcerda. Au passage, il s’en prend à des campeurs, dans un bungalow du camping L’Estel de la Cerdagne. On lui attribue le vol d’une dizaine de voitures.

 Toujours repris, toujours libéré

En février 2000, la gendarmerie française va l’arrêter, du côté de Montpellier, pour port d’arme prohibée. Mais il sera encore une fois laissé en liberté. Deux ans après son évasion de Lleida, il est arrêté par les Mossos d’Esquadra qui le conduiront à la prison Model de Barcelone. Lors de son procès, il demandera à être enfermé, de préférence, dans une prison où il y ait des vaches. Et là, en 2010, et toujours de façon incompréhensible, il bénéficiera à nouveau d’un permis de sortie, et comme de bien entendu, il ne retournera pas à la prison et disparaîtra à nouveau dans la nature. Il serait parti cette fois pour la Suisse, obéissant peut-être à son attachement pour les placides bovins qui peuplent les prairies alpines.

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