D’un abus de biens sociaux et de coups de feu mortels

M. Olivier Kha aurait bien voulu établir ses sociétés près de Perpignan, mais il avait une théorie commerciale très personnelle: « Chez les Catalans, impossible de s’installer, si t’es pas catalan, impossible d’y faire des affaires ». Il ira à Béziers, car il n’avait pas de théorie semblable sur les biterrois. La suite lui prouva qu’il ne faut pas croire les préjugés.

Il se retrouve à la barre du tribunal de Perpignan, chance pour lui, le seul à posséder un nom catalan, ce sera son propre avocat, Me Bruno Fita. Il a fait le bon choix et outre un nom à forte connotation catalane, c’est un excellent avocat fiscaliste qui circule avec aisance entre les écueils du très complexe droit du travail. M. Kha est poursuivi pour abus de biens sociaux. C’est-à-dire, qu’il est soupçonné d’avoir mélangé la caisse de ses sociétés et ses dépenses personnelles, par exemple utiliser les voitures de fonction à titre personnel, mais ceci ne lui est pas reproché, aujourd’hui. « Comment vous êtes vous déplacé de Béziers à Perpignan ? » demande un incisif  M. Jean Luc Dooms, président du tribunal. Bingo ! Encore et toujours avec une voiture de fonction et pas n’importe quoi, une Range Rover, appartenant à sa toute nouvelle société. Mais M. Kha s’empresse d’ajouter, je fais d’une pierre deux coups, après le procès, j’irai en Espagne, pour mon travail. En effet, M. Kha, a précautionneusement installé ses deux dernières sociétés, hors du territoire français. Personne n’a dû lui dire que là-bas aussi, il y avait des Catalans. M. Kha avait déjà été l’objet d’un contrôle fiscal, il avait peur d’être interdit de gestion. Aussi reconnaît-il devant les enquêteurs que du 1er janvier au 18 novembre 2009, il a utilisé deux prête-noms, en l’occurrence, sa sœur et un certain Miloud Zaïd, qui seront gérants de fait. Il a d’ailleurs à peu près tout reconnu lors de ses différents interrogatoires. « J’ai utilisé les fonds de la société pour des dépenses non-imputables, j’ai confondu les deux caisses, j’ai utilisé les fonds de la société comme mes fonds propres, j’ai piqué dans la caisse … mais surtout par négligence ». Pour les deux sociétés, il a été calculé, qu’il aurait détourné aux alentours de 37 000 euros. Les enquêteurs ont découvert sur les notes de frais beaucoup de jouets, achetés dans des boutiques spécialisées de Béziers, des chaussures, des notes d’Ikea, de Décathlon .. etc. Son avocat préférera parler de cadeaux d’entreprises. Le procureur de la République, Achille Kiriakides, dans son réquisitoire, lui, dira : « Vous n’êtes pas un escroc de haut vol, vous êtes un médiocre qui essaie de louvoyer … ». Puis il soulignera : la médiocrité du prévenu que nous avons devant nous … j’espère que vous resterez dans votre médiocrité, qui protège la société de vos agissements …. si vous n’avez pas compris aujourd’hui, vous ne comprendrez jamais et nous ne tarderons pas à vous revoir ». Me Bruno Fita prononcera un plaidoyer précis et parfaitement détaillé avec quelques précisions de droit qui réussira, visiblement, à ébranler quelques certitudes du tribunal.

Un mort et des blessés graves

Puis, comme il est habituel, le président demande au prévenu, son état de santé et quelles sont, aujourd’hui, ses sources de revenus. Réponse de l’intéressé : « Avec une balle dans la jambe et des menaces de morts régulières, je pense partir de Béziers et m’installer en Espagne « . Chez les Catalans ? Olivier Kha était patron d’un établissement de nuit, un piano-bar, le Key West à Villeneuve-Lès-Béziers. Toujours selon le prévenu, il était racketté depuis quelques années, jusqu’au jour où il décida de refuser de continuer de payer. Le 5 août 2010, accompagné de trois amis, ils iront au rendez-vous du racketteur présumé sur les berges du canal du Midi, sur le chemin de l’ancien incinérateur d’Agde. Mais là, c’est une vingtaine d’individus qui les attendaient. Selon les témoignages et d’après les enquêteurs des Gitans sédentaires et des Maghrébins d’Agde, de Béziers et de Montpellier. Ils furent accueillis sous un feu nourri, plus de dix coups de pistolets auraient été tirés. Olivier Kha aura la jambe traversée par une balle, un autre de ses amis sera blessé, mais un troisième qui l’accompagnait, âgé de 32 ans, sera tué d’une balle dans le dos. Deux hommes se rendent à la police dans les jours qui suivent et quatre personnes seront mises en examen pour meurtre, tentative de meurtre en bande organisée et pour association de malfaiteurs. L’affaire n’a pas été encore jugée. Mais cette histoire est loin d’attendrir le président du Tribunal, celui-ci mettra fin à ses plaintes d’un revers de manche : « Les faits que l’on vous reproche sont antérieurs à ces évènements ».

Olivier Kha est reconnu coupable d’abus de bien-sociaux pour 20 404 euros, il est condamné à six mois de prison avec sursis et à 4000 euros d’amende. La plainte de la partie civile est déboutée. Me Bruno Fita est visiblement très heureux du résultat.

Laisser un commentaire