Course poursuite record dans Perpignan, le procès


Le petit journal avait rendu compte, au moment des faits, de cette course poursuite en voiture, à travers Perpignan, où coups de feu et car-stocking n’avaient pu faire arrêter un fuyard, soupçonné « d’avoir essayé de commettre » un cambriolage. Pendant tout le procès, l’ombre des deux policiers, tués dans les mêmes circonstances sur le périphérique parisien, la veille des faits de Perpignan, a plané sur le tribunal. En cinq ans, dix-neuf policiers ont été tués sur la route dans l’exercice de leurs fonctions.

 

 

 

Dans la nuit du 22 au 23 février, des agents de sécurité d’Auchan surprennent une personne qui essayait de pénétrer dans la pharmacie de la galerie marchande du grand magasin. Puis ils le voient se diriger vers le tabac. À 1h50 du matin, ils trouvent cela assez suspect pour prévenir la police. Une voiture de la BAC avec trois policiers à son bord découvriront, celui qui se révélera être Rachid, au volant de son véhicule, tout feu éteint, près du poste à essence de l’hyper marché. Ils ont leurs brassards « police », descendent de leur véhicule pour procéder à une vérification.

 

Il préfère la fuite

À ce moment de l’histoire, Rachid ne risque qu’une interpellation pour conduite sans permis, car il n’y a pas de trace d’effraction sur la pharmacie et il ne sera pas poursuivi pour cela. Mais Rachid préfère fuir, il fonce sur un trottoir et crève une roue de sa voiture. Étrange trottoir, car la police, aussi, va crever ses quatre pneus, sur le même trottoir. Mais entre-temps, ils ont pu appeler leurs collègues à leur rescousse et c’est sur le rond-point pour regagner le centre-ville, qu’une deuxième voiture de la BAC, va reprendre la poursuite. Puis, deux véhicules de la PAF, vont venir leur prêter main-forte. Rachid va griller tous les feux rouges, tous les stops, prendre des ronds-points en sens inverse, pour semer ses poursuivants à une vitesse excessive et avec un pneu crevé. Dans Perpignan, il prend l’avenue du lycée, près du lycée Arago, à contresens, puis retourne sur le boulevard Dénoyer.

Il sort de Perpignan

Il tourne vers la caserne des pompiers, et sur le rond-point, Rachid fait un tête à queue, pour prendre ses poursuivants à revers, il roule alors à contresens. Deux véhicules de la PAF se placent en chicane sur la route pour lui barrer le passage, Rachid fonce et percute les voitures. Les policiers sortent leurs armes et tirent en l’air ou en direction des roues. Rachid accélère et n’hésite pas à prendre la voie rapide de Narbonne à contresens. Puis, il traverse le terre-plein central pour reprendre la deux-voies dans la bonne direction. Les policiers décriront des voitures de tourisme qui doivent s’écarter pour le laisser passer. Sur un rond-point à l’envers, il se retrouve nez à nez avec un autre véhicule.

Il sort Polygone-nord

Arrivé au polygone-nord, un policier tire une balle de caoutchouc et casse une vitre de la voiture de Rachid. Nouveau barrage, nouvelle chicane, Rachid percute à nouveau les véhicules. Il foncera, trois fois sur des barrages et lorsqu’une voiture de police tentera de le doubler, les deux véhicules se heurteront et celui de la police finira sa route, sur le grillage de clôture de MBM bureautique. Enfin, la voiture du fuyard ira percuter une barrière puis ira s’encastrer dans un arbre. Mais Rachid, ne s’estime pas vaincu pour autant, il sort de la voiture et court escalader un grillage, deux policiers le poursuivent et réussissent à le faire retomber à terre. Il dénoncera devant Mme la procureure, des violences policières. Il est 2H20 du matin, la course poursuite a duré demi-heure, ce qui est très, très long. Elle aura mobilisé cinq véhicules de police, deux de la BAC et trois de la PAF et douze fonctionnaires de police qui ont tiré onze balles de 9 mm et trois de balles de caoutchouc. Il semblerait que les balles réelles ont été tirées par la PAF et les gums-cogne par la BAC. La veille, à Paris, deux policiers étaient tués dans une course poursuite à la sortie du périphérique, Porte de la Chapelle. Un contexte particulièrement traumatisant pour tous les policiers de France. En début de semaine, la police des polices (bœufs-carottes) était attendue à Perpignan pour enquêter sur les circonstances de l’interpellation.

Il a pris les policiers pour des malfaiteurs

La parole est à l’accusé: Il explique qu’il allait voir si la pharmacie était de garde, il a pris peur en voyant des hommes en arme sur le parking d’Auchan, il n’a pas compris que c’était des policiers. Il explique qu’il a déjà reçu des balles et des coups de couteau, il essaie même de se déshabiller pour montrer ses cicatrices, mais magistrats et procureur s’y opposent en criant. Ensuite il a compris sa méprise, mais une fois la poursuite entamée, toujours d’après lui, il ne pouvait rien faire d’autre, que de continuer. Les avocats des parties civiles, Me Lyse Peltier et Me François Parrat, représentant les policiers vont rappeler que Rachid n’est pas un inconnu des tribunaux, son casier porte vingt-quatre mentions dont treize condamnations pour violence, cinq pour refus d’obtempérer, le reste pour vol, Me Peltier est persuadé qu’avec un tel « pedigree » il savait parfaitement ce qu’il faisait ce soir-là et qu’il a reconnu tout de suite les brassards de la police. Me Parrat va souligner que les policiers, dans ce type de circonstances, ne savent pas à qui ils ont à faire, qu’ils peuvent penser que le conducteur est un criminel chevronné, que la voiture peut contenir un cadavre ou des tonnes de drogues.

Il est sorti de prison depuis six jours

Rachid est un toxicomane sous traitement, il prend du Subutex et est déclaré d’intelligence normale par le psy. Il est sorti de prison le 16 février 2013, soit six jours avant les faits qui le ramènent devant ce tribunal. Il n’a plus droit au sursis. Il répète plusieurs fois qu’il aurait préféré prendre une balle ce soir-là. Six policiers, qui ont pris part à la poursuite, sont assis dans la salle des audiences. L’avocat de Rachid, Me Pivetta va essayer de questionner la légalité des tirs de pistolets, mais personne ne l’entendra. Me Parra avait souligné qu’il fallait que les policiers se sentent soutenus par la justice. Il a été parfaitement entendu. « Je suis vraiment désolé d’en être arrivé là », seront les dernières paroles de Rachid devant le tribunal. Reconnu coupable, il est condamné à trois ans d’emprisonnement, avec maintient en détention, il devra payer 500 euros à chacun des dix policiers qui ce sont portés partie civile et de 150 à 300 euros pour frais de justice. Pour le policier qui a été blessé pendant l’opération, une provision de 500 euros sera versée pour une expertise médicale.

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