Au Soler : La technique pédagogique du « calbot »

Jadis, les enfants étaient surveillés par toute la population, les bêtises étaient aussi courantes que les coups de pied aux fesses, et ces derniers pouvaient être distribués par un voisin, un ami de la famille ou quelqu’un vivant à l’autre bout du village. C’est ainsi que l’on a pratiqué, pendant plus de mille ans, sans que  personne n’y trouve rien à redire, Aujourd’hui, à l’époque du tout judiciaire, un « calbot » peut vous conduire devant un tribunal.

Joachim a 55 ans, une longue habitude des enfants, puisqu’il assure le transport de jeunes élèves pour une institution spécialisée dans l’enfance en difficulté. Des conflits, il en a connu et son supérieur, dans une lettre adressée au tribunal, salue sa psychologie et ses qualités de conciliateur. Au Soler, plusieurs habitations sont construites près d’un ruisseau. Lorsque celui-ci est encombré, ce sont les voisins qui en assurent le nettoyage, afin d’éviter les inondations aux prochaines pluies. Or, c’est un réflexe enfantin, dés que l’on voit de l’eau, d’y jeter des pierres. Qui ne l’a pas fait étant enfant ? Martin est un gamin, plutôt turbulent, il continue à lancer des pierres, malgré, une, deux, puis trois remontrances. Jusqu’à narguer Joachim, en les lançant ostensiblement devant lui. N’hésitant pas d’en jeter, lorsque Joaquim est dans le ruisseau, en train de le nettoyer. Le 28 mai 2011, ce dernier n’en peut plus, attrape Martin par le bras, lui met un « calbot » et un coup de pied au derrière. Le second coup, le président du tribunal, Jean Luc Dooms, semble l’avoir compris, mais le « calbot » mot catalan qui vient de « calb » : chauve, il a quelques difficultés à l’imaginer. Le prévenu s’explique et décrit le « calbot », jusqu’à ce que le président, pour demander s’il a bien compris, n’hésite pas à « calboter » son assesseur assis à sa droite. Celui-ci est, tout de même, un peu surpris. En fait le « calbot » du président était plus une « cofatada », car le « calbot » se situe juste, entre la « cofatada » et la « cogotada ». Le « calbot » donné, Joachim pensant avoir fait son devoir éducatif, va ramener Martin chez ses parents, afin que ceux-ci lui fassent la leçon. Nous pouvons l’écrire maintenant, heureusement pour Joachim, la famille n’était pas chez elle. Car loin de sermonner leur enfant, Joachim voit débouler, chez lui, à une heure du matin, deux hommes torse nu, l’un d’eux étant le père de Martin fort désireux d’en découdre. Seule l’intervention de voisins va empêcher que l’on en vienne aux mains. Joachim apprendra, plus tard, que le petit Martin, enfant très connu dans le quartier pour ses incivilités, a jeté des pierres dans la piscine d’un voisin, qui ne veut surtout pas que cela se sache. Il est totalement terrorisé par l’éventuelle réaction violente des parents de Martin. Une personne qui était allée se plaindre des agissements du fiston, était tombée sur sa mère, qui l’avait copieusement insultée, utilisant les mots les plus vulgaires que l’on puisse imaginer. L’histoire du « calbot » n’en demeure pas là, puisque les parents de Martin vont porter plainte contre Joachim pour violence sur mineur de moins de 15 ans. L’affaire sera classée plusieurs fois par le parquet, jusqu’à ce que les parents de Martin, trouvent la bonne présentation judiciaire pour envoyer Joachim devant un tribunal correctionnel. Le prévenu reconnaît les faits, un « calbot », un coup de pied aux fesses et une petite tape sur le ventre, puis il a fait promettre, à Martin, de ne plus recommencer. Ils se sont quittés en se serrant la main. Reconnu coupable de voie de fait, Joachim bénéficie d’une dispense de peine, il n’aura pas d’inscription de condamnation sur son casier, ce qui l’aurait empêché de travailler avec des enfants. Il doit payer 1 euro de dommage aux parents de Remy, mais 700 euros de frais de justice. Etant enfant au village, j’ai connu des copains particulièrement espiègles, qui ont tant reçu de « calbots », qu’ils auraient pu enrichir une armée d’avocats.

 

* Le prénom du mineur a été changé.

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