Agriculteur en cannabis

Au premier coup d’œil, avec ce visage poupin et sa petite taille, entre ses grands policiers, le prévenu a l’air d’être mineur, il a vingt-quatre ans et une morgue impressionnante, n’hésitant pas à couper la parole à la présidente du tribunal, Mme Dechaud, qui devra le rappeler à l’ordre plusieurs fois.

 

 

C’est pour une tout autre affaire que la gendarmerie procédera à une perquisition, le 20 février 2013, à Saint Estève, chez Mohamed Kabir. Ils découvriront un pain de haschich de 53,6 g,180 grammes de tête d’herbe de cannabis mise à sécher, 2900 euros cachés et 570 euros sur lui. Dans le local à poubelle, les enquêteurs découvriront deux paires de chaussures cachées contenant deux pains de cannabis de 99,5g et 99,8g. Mais Kabir est formel, cela ne lui appartient pas et les chaussures ne sont pas de sa pointure. Ce qui fait douter les gendarmes, c’est que le haschich trouvé dans le local et celui de sa chambre porte exactement le même logo. Ils découvrent aussi une balance, Kabir dira qu’il fait beaucoup de gâteau et se tournant vers la présidente, il l’apostrophe en disant : « Vous ne faites pas de gâteau, vous ? Chez vous ? ». Il reconnaît quand même que le grand couteau lui sert à couper le haschich. Il ne travaille pas et possède comme toute ressource, les 330 euros de pension de sortie de prison. Mme Dechaud lui fait remarquer, qu’il devrait conseiller le ministre des Finances, car : « Faire autant d’économies – 3470 euros en tout – sans revenu, cela l’intéresserait sans doute beaucoup ». Il dit fumer depuis l’âge de onze ans et de ne pas pouvoir s’arrêter. Qu’à sa sortie de prison, il a récupéré des plants d’un copain et c’est sa récolte personnelle qui a été découverte. La présidente demande le nom du copain. Kabir ne répond pas, ou plutôt si : « Je ne vais pas vous mentir, je sais que ça ne se fait pas ». En revanche, il donne le nom complet de son vendeur de pains de haschich, Diego S., il lui a acheté le pain de 53,6g pour 70 euros. Quant à l’argent, il explique que sa famille est retournée au Maroc et son père lui a laissé 1500 euros pour vivre. A la fin de sa garde à vue, Kabir a disparu, pour le récupérer, il a fallu que la police enquête, apprenne qu’il s’était cassé une jambe. Elle recherchera le centre hospitalier où il a été plâtré et l’attendra à la clinique St Pierre, lors du rendez-vous avec son médecin. Pour expliquer sa disparition, il dit qu’il ne voulait pas être incarcéré avec un plâtre. Malgré son jeune âge, Kabir a déjà un casier bien rempli, beaucoup de condamnation pour détention de stupéfiant, mais aussi recel de bien, vol par effraction, violence, refus d’obtempérer, conduite sans permis. En prison il a vu ses remises de peine supprimées, mais il ne se rappelle plus pourquoi. Il est sous le coup d’une double récidive légale, la peine plancher serait de quatre ans. Pour ne pas l’appliquer, le tribunal devrait se justifier en invoquant des circonstances exceptionnelles de possibilités de réinsertion. Il lui faudrait surtout beaucoup d’imagination, car Kabir n’a pas cessé d’être arrogant et désagréable. Reconnu coupable, il est condamné à quatre ans ferme, avec maintien en détention, à sa sortie il aura encore au-dessus de sa tête, neuf mois avec sursis avec mise à l’épreuve. Kabir applaudit le tribunal : « Bravo, quatre ans, bravo et merci ». Mme la procureure le menace d’une plainte pour outrage à magistrat, mais les policiers de l’escorte l’entraînent déjà avec eux, une voiture les attend devant les portes du tribunal, un traitement de faveur dû à ses béquilles.

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