Vente de cannabis

Perdre les pédales et se mélanger les pinceaux peut-être très mauvais devant un tribunal. Il faut bien préparer ce que l’on va dire.

« Pour sa consommation personnelle »

Manuel, ou Manolo pour ses amis, est très jeune, 22 ans, mais déjà père d’un enfant de sept ans et un de deux ans, sa femme, mineure est enceinte. Dénoncé sans doute par la concurrence, la police surveille son appartenant jusqu’à surprendre un de ses clients sortant de son domicile avec un sachet de résine de cannabis. La fouille de l’appartement permet de découvrir 182 grammes d’herbe de cannabis, 10 grammes de résine, une balance électronique de précision et une somme de 585 euros.
Aussitôt, pour sa défense, Manuel déclare ne vendre que pour financer sa consommation personnelle. Il ne vend qu’à des parents ou des amis. Il fume depuis l’âge de 14 ans, aujourd’hui il « se fait » une quinzaine de joints par jour. A-t-il déjà travaillé ? demande Me Sainte-Cluque qui préside ce tribunal. Manutentionnaire chez Cémoi puis aux vendanges. Commet vit-il ? sa femme « touche » les allocations ce qui représentent environ 1200 euros par mois.

Erreur d’opérations

Le président revient a la charge de combien a-t-il besoin par jour pour sa consommation de chanvre indien ? Réponse de Manolo, entre 80 et 100 euros par jour. Le président fait un rapide calcul cela coûte 3000 euros par mois, combien coûte le gramme ? Réponse entre 4,50 et 5 euros ça dépend. M. le président insiste et combien de joint avec 1 gramme ? Réponse trois, quatre. Les comptes ne concordent pas à ce prix cela représente une vingtaine d’euros par jour soit 600 euros par mois. Mme. Parisot Procureur de la République ne croit pas un seul instant à l’explication de la vente pour payer sa propre consommation. Elle est persuadée qu’une telle consommation depuis seize ans laisserait des séquelles. Elle a vu défilé des drogués de toute sorte et Manuel avec son sourire égrillard et sa bonhomie n’a pas le profil du grand consommateur. Il dit vendre à sa famille, mais le client surpris par la police comme par hasard n’est pas un familier. Elle est persuadée qu’il vend, « parce que c’est un fainéant qui ne veut pas travailler » et qu’il ne consomme pas ce qu’il dit. Elle demande une peine d’emprisonnement ferme et l’obligation de travailler. C’est toujours très mauvais de rire à la barre, le tribunal préfère toujours des coupables sur le repentir qui font profil bas. Ce n’est visiblement pas le cas de Manolo. Pendant la délibération, il est resté dans la salle avec sa femme et sa bande de copains venus le soutenir. Il rie, anime ses amis, comme s’ils étaient à la terrasse d’un café. Lorsque le tribunal vide son délibéré, Manuel est reconnu coupable, comme il avait déjà été arrêté pour une affaire similaire, le président demande six mois d’emprisonnement, confiscation des sommes découvertes à son domicile et du matériel de précision servant à son petit commerce. Une peine lourde par rapport à d’autres faits similaires, due très certainement au comportement de Manuel à la barre. Le tribunal a suivi le réquisitoire de Mme la Procureur. Mais il faut rappeler que pour trafic de stupéfiants le contrevenant encourt des peines pouvant aller de 4 à 20 ans de prison.

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