Un prévenu à la Audiard

 Serge n’est pas un inconnu des services judiciaires, même s’il n’avait plus fait parler de lui depuis longtemps. Rangé des voitures, il est passé du braquage à un métier honnête dans l’art de la construction.

 

C’est un banal contrôle d’alcoolémie qui a permis de découvrir un Serge avec 0,9 grammesd’alcool par litre de sang. Il avait un peu bu le midi et puis le soir et n’avait pas pensé que « cela allait s’ajouter ». Une petite infraction, eut égard à son curriculum. Vol avec effraction, recel, huit ans de prison pour braquage et six de plus pour un vol aggravé en trois circonstances. Il est sorti en 2010. « J’ai passé un quart de ma vie en prison, j’étais rien, mais maintenant c’est bien fini, je suis artisan, je paye mes impôts, je paye l’Urssaf, c’est grâce à la prison que j’ai pu m’installer, j’ai passé mon CAP de poseur de Placoplatre en détention, j’ai rayé mon passé avec certaines personnes, j’ai tout arrêté ». Le procureur Magnier qui n’est pas enclin à s’émouvoir, reconnaît « avoir un certain respect pour ceux qui étaient dans le grand banditisme et ont su tirer un trait sur leur passé et s’insérer dans la société ». Il précise bien : « Ce n’est pas le syndrome de Stockholm, mais plutôt un respect pour l’adversaire, comme dans la tauromachie, pour moi quelqu’un qui s’en sort, il mérite mon respect ». La peine est légère eu égard au passé de Serge, six mois avec sursis avec mise à l’épreuve de deux ans, obligation de soins et de travailler et six mois de suspension judiciaire du permis. Très certainement, comme dirait Brassens : « Pour respecter le brave travailleur » et ne pas l’handicaper dans son nouvel office. Le dernier tour de parole est pour Serge qui n’a pas pris d’avocat, il se tourne vers le procureur, visiblement très touché et ému par l’hommage rendu à ses efforts : « Je n’ai pas l’habitude que l’on me parle ainsi, j’ai un travail et je ne veux pas le perdre, depuis je ne bois plus du tout de boisson alcoolisée ». Lorsqu’il se retire, Serge remercie le tribunal pour sa confiance et tout particulièrement le procureur, il a les yeux brillants. Le procureur tout sourire, lui rend son salut, visiblement le courant est passé entre ces deux-là. Ils ont pourtant été, en opposition totale, pour ne pas dire ennemi, pendant de très longues années.

 

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