Pêche côtière illégale

Nous allions quitter la salle d’audience, quand l’huissier annonça un dernier dossier. Le président lu l’énoncé, c’était un cas de pêche illégale, étant pêcheur, je ne voulais pas manquer cela.

Pêcheurs occasionnels de loups aux embouchures, nous avons tous été les témoins nocturnes de pêches aux filets au ras des côtes, tout autant que de la pose de rets dans les ports ou dans les embouchures de l’Agly et du Tech. Nous savons tous que c’est interdit, mais cette pêche est tellement pratiquée, que nous ne pouvions pas imaginer qu’il arriva que le délit soit constaté, et, plus étonnant encore, verbalisé. Ce sera ma prochaine histoire lors de nos trop longues attentes nocturnes du poisson. Peu crédible, mes compagnons risquent de prendre mon récit pour le dernier bobard d’un pêcheur. En cette saison, ce type de pêche doit se pratiquer à peu près tous les soirs. Mais les patrons pêcheurs sont dans une telle détresse – à cause justement de la sur-pêche qui a ruiné nos côtes – que personne n’est à cœur de véritablement faire respecter la loi. Pascal Perez, n’en est pas à son coup d’essai, à part une conduite en état alcoolique, son casier laisse apparaître deux autres délits de pêche, un en deçà des 3000 autorisée 400 euros d’amande et l’absence du journal de pêche, 500 euros. Il y a donc double récidive. Le président Dooms, commence par un constat sur la précarité des marins pêcheurs, soulignant, leurs maigres revenus après avoir payé gasoil et entretiens des bateaux. Le bateau de pêche, Edouard François, a été surpris par la gendarmerie maritime, au large de Torreilles, pas au grand large, puisqu’en deçà des 3000 marins et pêchant à moins de cinquante mètres de profondeur. Les militaires ont saisi le peu de pêche récolté illégalement. Le procureur fut beaucoup plus volubile sur le délit. Sa fille travaillant dans le milieu de la pêche, « la folie » de la sur-pêche  qui détruit une ressource alimentaire aussi importante que le poisson sauvage, est un sujet habituel de leurs repas de famille. Il rappelle que la morue, ressource si abondante jadis, a totalement disparu de toutes les côtes à cause de la folie de la sur-pêche  sauf en Islande, non seulement parce que la pêche y a été réglementée, ce qui ce fait partout. Mais, parce que les interdictions y sont respectées, ce qui n’est vraiment pas commun. Le procureur demande la plus grande fermeté contre celui qu’il appelle : « un pirate ». Il demande 20 000 euros d’amande donc 10 000 euros avec sursis, confiscation du bateau, confiscation du produit de la pêche et trois mois d’interdiction de pêcher. Le tribunal ne suivra pas le réquisitoire du parquet, Pascal Perez sera condamné à 10 000 euros d’amande dont 6000 avec sursis et confiscation de sa maigre pêche. A-t-elle été conservée jusqu’à ce jour ? Pas de interdiction de pêche, dira M. Dooms, pour lui permettre de payer son dû à l’Etat. Deux soirs plus tard, au large du bocal du Tech, avec mes camarades pêcheurs de loups, nous tuions le temps en regardant un bateau de pêche, toutes lumières éteintes, en pleine action au ras des côtes. C’est la période où la pêche peut y être le plus prometteuse, ou mieux dit, la moins misérable.

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