Massacre à la tronçonneuse

L’été culturel continue à Mosset, après « La belle Hélène » d’Offenbach, « La guerre de Cobazet n’aura pas lieu » d’après une œuvre de Jean Giraudoux.

Le 13 juin, Le Petit Journal consacrait un long article à la controverse qui oppose une partie des habitants de la commune de Mosset à Groupama, propriétaire du domaine de Covaset (Cobazet). Notre confrère l’Indépendant vient à son tour de consacrer une longue enquête à cette polémique. Le maître des lieux, Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama Méditerranée, est administrateur du territoire depuis 2007. Il se présente comme grand protecteur des lieux. Selon ses propres déclarations, il interdirait la recherche des champignons, les balades et randonnées, pour protéger la faune, la flore et « la beauté des lieux ». Cette affirmation nous a fait bondir. Notre article décrivait justement la saignée d’une nouvelle piste en pleine zone Natura 2000, sur un espace vital du grand tétras. C’est le grand amateur de nature vierge, M. Amaury Cornut-Chauvin qui a fait creuser, défoncer, massacrer à la tronçonneuse et au bulldozer une nouvelle piste afin de permettre aux sociétaires et à ses amis d’atteindre leurs lieux de chasse dans leurs 4X4 grands comme des chars d’assaut. Car Groupama loue son territoire à de riches chasseurs. Quand on est un nanti jouissant de privilèges dignes de l’ancien régime, on ne traine pas un sanglier ou un cerf à pied sur des kilomètres comme étaient obligés de le faire les gueux des villages environnants. Monsieur Henri Sentenach, maire de Mosset, nous avait affirmé alors, que pour « se tailler un cure-dent sur le territoire de Natura 2000, il faut faire une étude d’impact ». Nous avons voulu lui démontrer que José Ortega y Gasset a toujours raison. Lui qui affirmait, il y a près d’un siècle, que « L’histoire s’écrit toujours contre la nature ». Depuis l’après-guerre, toutes les lois et les organismes de protection de la nature, Grenelle de l’environnement compris, ont toujours été des « machins », pour paraphraser le grand De Gaulle. Des «machins » destinés à tracasser le petit chasseur, le petit pêcheur, les petits chercheurs de champignons ou les petits promeneurs. Mais il suffit qu’un «privilégié» présente un projet de piste de ski ou trace allègrement sa propre route à la tronçonneuse, pour que l’institution écolo regarde ailleurs en sifflant, ou se découvre une subite passion pour les scarabées cavernicoles de Tautavel. Au mois de juin, nous avons téléphoné à tout ce que compte ce département d’organismes gérant les milieux naturels, IGN compris. Cette piste a été faite sans autorisation. Lors de notre premier coup de téléphone à Natura 2000, notre interlocutrice a commencé par chercher des raisons à une nouvelle piste : « Existait-il un tracé ancien sous la récente saignée ? ». « Ben non, madame ». Puis, plus fort encore : « S’il n’y a pas d’arbres « on » peut faire une piste sans demander d’autorisation », mince ! Au-dessus de 2200 mètres et dans les genêts un propriétaire pourrait faire son propre circuit de moto cross ? En plein Natura 2000 ? Mais ne serait-ce pas plutôt à Groupama de chercher ce genre d’argument? La deuxième interlocutrice nous a littéralement noyés sous un flot ininterrompu de formules administratives absolument incompréhensibles : « Le formulaire AB, alinéa 3, révisé en 92 précise que … ». Sitôt le téléphone raccroché, la dame a dû bien rire de la farce faite à ce fouineur de petit journaliste. Mais le petit journaliste venait de gagner son pari auprès du maire de Mosset. « On » peut se tailler un cure-dent à la tronçonneuse ou une route au bulldozer, sans étude d’impact. « Selon que vous soyez puissant ou misérable » disait Lafontaine. CQFD. Reste à M. le maire de Mosset de baptiser la nouvelle piste sur le cadastre municipal de sa commune. Pourquoi pas, « Piste Natura 2000 »? La compagnie mutualiste Groupama souffrirait de problèmes de trésorerie, aurait-elle comme son mentor du Crédit Agricole investi dans des emprunts toxiques ? Si c’est exact, gageons que cela ne chagrinerait pas grand monde du côté de Mosset.

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