Madres, victoire de Groupama et de Cornut-Chauvinc

Contrairement à tout ce qui a été proclamé au refuge du Callau (prononcé Cailla-o), lors de la manifestation, Cornut-Chauvinc n’a pas fait marche-arrière.

Amaury Cornut-Chauvinc, qui a commencé agriculteur pour devenir président de Groupama-Méditerranée, n’est pas né de la dernière pluie sur le Callau. C’est un roi de la négociation, un prince de la controverse. Lorsqu’il prend la direction de Groupama, il se découvre aussi propriétaire du Covaset, 2000 hectares dans le massif du Madres. Il décide d’en faire une véritable chasse privée, réservée à l’élite financière cynégétique. Il y était déjà interdit de cueillir des champignons et de chasser. Mais, depuis quelques années, le président a embauché des gardes privés qui verbalisent les contrevenants. Afin de permettre à ses sociétaires d’arriver jusqu’à leur lieu de chasse au volant de leurs 4X4 flambant neufs. Sans demander l’autorisation à personne. Il fait creuser une nouvelle piste au bulldozer et à la tronçonneuse, en pleine « zone de protection spéciale » du Parc Naturel Régional, en pleine zone de Natura 2000 et en pleine zone de reproduction du grand tétras. Si vous, lecteur, aviez commis une seule de ces fautes, vous seriez ruiné. Mais pas M. Cornut-Chauvinc. Tout le monde est au courant, mais regarde ailleurs en sifflant. En juin, le Petit Journal publie un long article sur cette piste. Lors de son enquête, le Petit Journal a téléphoné à tous les responsables, IGN, Natura 2000, mairie de Mosset, les gardes forestiers de Prades etc. Lors de leurs sorties, promeneurs, chasseurs, mossetencs font un détour pour aller voir cette horrible saignée à travers la forêt. La colère gronde et arrive jusqu’aux nobles oreilles de Cornut-Chauvinc. S’ils veulent la guerre, ils l’auront, s’ils ne laissent pas construire sa piste, il interdira le passage à tout promeneur sur tout le territoire de Covaset, comme il croit en avoir le droit. Cet été, son escadron de gardes ne verbalisaient pas, mais obligeaient les promeneurs à faire demi-tour. Le maire de Mosset, Henri Sentenac rue dans les brancards. Son conseil municipal a voté un projet de réhabiliter du refuge du Callau, le Conseil Général était près à financer les travaux, mais, depuis, attend de voir si le passage reste libre. La presse locale s’empare de l’affaire, puis la nationale prend le relais : « Groupama interdit le Madres aux randonneurs ». Le Groupe des Défenseurs du Madres, convoque une manifestation au Callau et une pétition de soutient, récolte 8000 signatures. Le samedi 29 septembre, plus de 500 personnes sont réunies, malgré la pluie et nonobstant le retrait de l’interdiction de passage pour les promeneurs sur le territoire de Covaset. Une convention a été signée la veille, entre le Conseil Général et Groupama-Cornut-Chauvinc. Le cri de victoire résonne au refuge du Callau : « Nous l’avons fait reculer, nous avons gagné ». Une partie des manifestants ira quand même, sous la pluie, constater les dégâts de la piste « Groupama », qu’ils appellent aussi « Piste Natura 2000 ». Elle a été encore rallongée récemment, preuve, s’il en fallait, que M. Cornut-Chauvinc était absolument sûr de son coup. En fait, le deal entre élus et Groupama était implicite : « Je te laisse ton passage, tu me laisses ma piste ». Une saignée, en plein zone « protection spéciale » du PNR, Natura 2000 et zone de reproduction du grand tétras. Cornu Chauvinc n’ayant jamais eu l’intention d’interdire les excursions, sa victoire est totale. Chapeau l’artiste ! Rappelons quand même que Groupama était à deux doigts de la faillite en novembre 2011, et a été repêché de justesse grâce à l’apport de 300 millions d’euros de la caisse des dépôts.

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