Le soir où ils ont abattu « Le Bûcheron »

Nous sommes à Prades, un 26 février 2010, un couple est en instance de séparation, et plus si manque d’affinité, car une demande d’explication va réunir, famille et amis de l’épouse d’un côté, et le mari de l’autre, il y aura violence, mais la victime n’aura rien à voir avec la dispute.

C’est une banale querelle de couple, mais elle se passe, au vu et au su de chacun, car elle a lieu dans la rue. Il y a Christophe, le beau-frère, accompagné de deux copains, Jean-Claude et Didier, sans oublier Rebecca, l’épouse de Frédéric. Frédéric a pris soin de venir le premier et de cacher dans une petite rue, un manche à balais. Il le dira aux enquêteurs : « Quand on a des explications de famille, c’est comme ça, il vaut mieux venir équipé ». Il faut préciser, que tous les impliqués, ont un casier judiciaire, certains pour vol, mais tous ont au moins une mention ou une condamnation pour violence. Dans la rue, alcool aidant, le ton monte, on crie, on s’insulte, on se frappe même, enfin juste un peu, pour la forme, rien de grave. D’ailleurs la querelle semblait s’être apaisée faute de combattant, et tout ce beau monde pensait rentrer chez soi, pour un repos bien gagné, satisfait des explications échangées. C’est à ce moment qu’un troisième larron entre en lice. Excédé par les cris, il sort à sa fenêtre et hurle : « Maintenant ça suffit, demain je travaille, si ça continue, je descends ». Il s’agit du « Tatoué », connu aussi comme « Le bucheron », ce deuxième surnom, il le doit à ses un mètre quatre-vingt-dix pour cent-vingt kilos. Les réponses fusent, nous avons affaire à des personnes qui de part et d’autre ne reculent pas devant la castagne. « Descend si tu es un homme ». Fort de son gabarit, le nombre n’impressionne pas un « Bûcheron tatoué » qui descend non seulement les escaliers, mais une fois dans la rue, descend aussi le beau frère, d’un marron bien placé. À ce moment Fréderic, le mari, va récupérer son bâton, qui n’avait pas trouvé utilisation dans la dispute, et assène un grand coup sur la tête du bûcheron. Et comme à pu l’écrire jadis Lafontaine : « Il déracine, celui de qui la tête au Ciel était voisine et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts ». Il aura beau être « Le Bûcheron de Prades », il s’écroule, le visage en sang. C’est le moment que choisit le beau frère pour sortir de son état comateux, et, toujours allongé sur le sol, voit devant son nez, la tête du tatoué. Imaginez le choc. De sa position horizontale. Il le frappe plusieurs fois à coups de poing sur la tempe. C’est un signal, le reste de la bande s’acharne à coups de pieds sur notre Tatoué. La famille s’est réconciliée, au moins pendant un instant, et à coup de tatanes. Bûcheron a le visage en sang, sa compagne descend armée d’une béquille et s’en prend à l’épouse, Rebecca. Plus tard, elle accusera, cette dernière, d’avoir sorti un couteau. Mais la preuve ne pourra être faite de cette « menace avec arme », que personne n’a vue, et Rebecca sera relaxée. Une chance, elle était en période de récidive légale. Le procureur Baldouy résumera parfaitement cette histoire : « Une bataille d’honneur, pour laver l’affront. Mais il n’y a pas d’honneur. Là où ils ont cru voir un honneur bafoué, il n’y a qu’enfantillage, faux paraître, faux courage ». Le seul présent devant le tribunal est Christophe, le beauf. Il reconnaît entièrement les propos du procureur, qualifie son attitude, ce soir là, de stupide, et jure que le tribunal ne l’y reprendra plus. Résultat des courses : Le beauf et son copain Alain, deux mois de prison avec possibilité d’aménagement devant le juge d’application des peines, en raison de la resocialisation de Christophe qui a trouvé du travail. Frédéric le mari, qui avait aggravé son acte d’une arme, à l’occurrence le manche à balais, quatre mois ferme. Rebecca est relaxée, tout comme le copain qui a assisté à toute la scène sans donner un seul coup. Quand au Bûcheron, ses blessures ne seront que superficielles et toutes guéries à ce jour, sa formidable corpulence aura tout de même servi ce soir là.

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