Le feu des Bouillouses au tribunal

Ils n’auraient jamais dû se retrouver devant un tribunal, ces deux élèves en BTS de 21 ans, brillants et passionnés de nature. Un bivouac en amoureux aux Bouillouses, un barbecue, et le vent, en auront décidé autrement.

Il connaissait le coin, Jérôme, il est pêcheur à la mouche et c’est dans ce massif, qu’il a suivi des stages pour apprendre cette difficile façon de tromper les truites. Les guides professionnels qui les accompagnaient, avaient plusieurs fois fait du feu avec leurs élèves. Il était persuadé d’en avoir le droit. Le procureur de la République lui répliquera, il y a six panneaux interdisant ou mettant en garde contre le feu. Du 1er juin au 30 septembre, il est même interdit de fumer sur tout le territoire des lacs du Carlit. Ce à quoi, Me Capsié, avocat des deux jeunes gens, répliquera, en feuilletant les arrêts préfectoraux, et autres formulaires officiels, signalant que chaque interdiction est accompagnée de dérogations et d’alinéas en italique, précisant que dans certaines circonstances on peut allumer un feu. L’économie touristique est si importante pour le département que le législateur a toujours peur de froisser le bienvenu estivant. Ce qui rend tous les textes un tantinet confus. Jérôme pour l’heure, prépare un BTS environnement. Il n’avait nullement l’intention de nuire à la nature. Il désire faire de sa défense sa profession future. Il est pêcheur à la mouche, et respecte ses codes éthiques qui recommandent de relâcher ses prises. Sauf ce jour-là, mais que ne ferait-on pas lorsque l’on est amoureux. Il a décidé de faire connaître ce petit coin de paradis à sa petite amie Ingrid. Pour elle, il va se rendre dans un super-marché et acheter un barbecue « Nomade ». Un truc tout petit que l’on peut transporter sur son dos. Puis le 24 août et pour quelques jours, ce jeune couple de lyonnais va monter aux étangs du haut. Premier lac, il pêche une truite, c’est la seule qu’il gardera. Quoi de plus romantique que de savourer la truite pêchée avec sa compagne en harmonie avec la nature, comme l’ont fait nos ancêtres humains pendant des millénaires ? Le soir venu, après avoir installé le bivouac, il va allumer son barbecue, comme il a vu les guides le faire. Mais n’y arrive pas. Le vent l’oblige à se déplacer à l’abri de la falaise. Puis il va se rendre au bord du lac et nettoyer sa truite. Ingrid est en train de lire. Et ce sont ses quelques dizaines de minutes d’inattentions qui vont être fatales. Quelques braises volent vers des broussailles, des broussailles aux buissons, des buissons aux pins. Jérôme a bien essayé avec sa bouteille d’eau d’éteindre les premières flammes, peine perdue. Ils vont téléphoner de suite aux pompiers. Une fois, deux fois, et même trois fois et vont rester pour attendre l’arrivée des secours. Le tribunal va leur reconnaître leur attitude exemplaire une fois la bêtise faite. Aujourd’hui, devant le président Sainte-Cluque, comme ils l’ont fait devant les gendarmes de Font-Romeu. Ils assument tous deux entièrement leur faute, sans jamais varier leur version d’un iota. Les maires d’Angoustrine et Les Angles tiendront à souligner le civisme du jeune couple, qui une fois la faute commise, a eu le civisme d’appeler de suite les secours et ainsi d’éviter le pire. Malgré tout, les pompiers transportés avec leur matériel par hélicoptère, vont mettre deux jours à circonscrire le sinistre. Le feu a parcouru 80 hectares et en a détruit 50. Au moment des faits, Madame le vice procureur Sylvie Parisot avait requis une détention provisoire et comparution immédiate, mais le juge des libertés s’était prononcé pour une remise en liberté sans contrôle judiciaire  justifiée par l’attitude responsable de Jérôme et d’Ingrid. Ils sont poursuivit aujourd’hui pour deux chefs d’accusation, avoir fait un feu malgré l’interdiction, et avoir détruit « irréversiblement » un espace naturel. Me Capsié a relevé l’ambiguïté des interdits et le responsable de l’ONF, appelé à la barre, assurera que le milieu naturel va se régénérer de lui-même. Le tribunal les reconnaît coupable et les condamne à cinq mois de prison avec sursis sur une période de cinq ans. En revanche l’ONF n’a pas chiffré les dépenses engendrées par la lutte contre cet incendie. L’audience du Tribunal sur intérêts civils a donc été renvoyée au 3 décembre 2012.

Laisser un commentaire