Le Corse du tribunal

Julien , comme son nom ne l’indique pas, est de mère corse. Il quitte l’île, alors qu’il est en classe de quatrième. En privé, le tribunal l’appellera toujours « Le Corse », comme si la corsitude, pareillement à la judaïcité, se transmettait par la mère.

Le 4 juin 2012, Julien va se mettre au vert en Espagne. Il prend le Paris-Barcelone, passe la frontière, Cerbère puis Port-Bou. Là les douaniers ou la Guardia-Civil lui demandent ses papiers. Une très jolie carte d’identité, parfaitement imitée. Mais qui ne trompe pas les machines et l’informatique. Une question de couches de couleur imperceptibles pour l’oeil humain, mais pas pour les ordinateurs. Les autorités ibériques livrent leur client à la police française qui l’incarcère à Mailloles. Julien Lecas accepte la comparution immédiate. Il possède un vrai passeport, mais il l’avait laissé à Paris, chez sa mère. Il se déclare SDF. « Combien avez-vous payé pour cette belle imitation de carte d’identité ? ». Réponse : 800 euros. « Pas mal pour un SDF ». Mais madame le juge n’est pas dupe : « Ne circulez-vous pas avec une fausse carte d’identité parce qu’un juge de Pointe à Pitre a délivré un mandat d’arrêt contre vous ? Une affaire de trafic de stupéfiant ? ». Réponse : « Non, j’étais pas au courant, étant SDF, je n’ai rien reçu ». Madame le juge n’est toujours pas convaincue. Malheureusement pour Lecas, s’il était resté un tout petit peu plus en Corse, au-delà de la classe de quatrième, il aurait peut-être appris qu’il pouvait tout aussi bien traverser les frontières avec ses véritables papiers d’identité. Trop de précautions l’ont piégé. Son avocat n’hésitera pas à parler d’une certaine paranoïa à l’égard des autorités et voudra y voir « un vieil atavisme corse ». Décidemment, l’identité corse permet tous les fantasmes, même dans l’enceinte ultra cartésienne et jacobine d’un palais de justice français. Le tribunal demande le maintien en détention et condamne Julien Lecas à six mois d’emprisonnement Mais le juge de Pointe à Pitre saura très certainement se rappeler à son bon souvenir. Mme le juge, souligne : « … et confiscation de la « si bien imitée pièce d’identité ».

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