« Je vais faire tout sauter »

Mardi 24 juillet, allée des Camélias à Perpignan, un « forcené » c’est retranché dans l’appartement de sa concubine. Il menace de tout faire sauter si la notification d’expulsion est mise à exécution.

Claude et Patricia sont tous deux, côte à côte, sur le banc des détenus-prévenus. Les menottes viennent de leurs êtres ôtés. Ils arrivent de Mailloles. C’est l’histoire d’un amour fou résumera Me Muffat Joly, avocate que l’on retrouve souvent dans les drames juridico-passionnels, qu’elle défend toujours très bien. « Claude est amoureux fou de sa compagne », insiste l’avocate, espérant attendrir ainsi, le cœur et la froideur juridique, de ses messieurs, dame du tribunal. L’histoire est très simple, même si elle dure depuis quinze ans. Patricia vivait maritalement avec un précédent monsieur, ils ont créé trois sociétés ensemble. Une d’elles, concerne tout l’immeuble de la rue des camélias. Ils se séparent. Madame se réfugie et occupe un des appartements « et continue à encaisser les loyers » dira la partie civile. Patricia se justifie, elle est persuadée d’être dans son bon droit. Le président Dooms doit rappeler, plusieurs fois, que ce n’est pas le thème du jour : « On juge un cas de « menace délit de menace sous condition ». Nous ne sommes pas ici pour refaire le procès du tribunal d’instance sur un décret d’expulsion.

Un montage inoffensif ?
Lorsque les forces de l’ordre ont pu enfin entrer dans l’appartement, ils ont constaté que les bonbonnes de gaz et les jerricanes, contrairement à ce qu’avait déclaré, Claude, n’était pas reliées à un système de mise à feu. « C’était un leurre pour créer un conflit … un appât pour faire cesser un litige … provoquer un contexte favorable à une négociation » … et enfin, l’aveu, « Je voulais qu’elle soit heureuse » déclare Claude. « Avec une menace de tout faire sauter, on est plus dans la négociation, on est dans le chantage » répond un président Dooms peu ému par la déclaration amoureuse. Il avait enseigné une pince crocodile à la fenêtre, mais elle n’était reliée à rien. Claude, sommé de s’expliquer, par le président Dooms, reconnaît son erreur, reconnaît ses fautes, s’explique clairement, il a fait une erreur. Il n’a absolument rien d’un « forcené ».

Une langue bien pendue
Patricia, c’est autre chose, elle est bien plus vive que lui, absolument sûre de son bon droit. Elle est à la barre pour complicité et tient à se justifier constamment. Elle répond, plusieurs fois à la place de Claude et doit être remise vertement à sa place par le président. La mise en examen n’a en rien altérée sa fougueuse révolte. Elle possède manifestement un ascendant énorme sur lui. Vulgairement parlant, c’est elle qui porte la culotte, Sur le banc des détenus, elle l’embrasse sur les lèvres, au grand dam de monsieur le procureur Danlos, et c’est toujours elle qui en prend l’initiative. La partie civile demande à Patricia, si elle a l’intention de quitter l’appartement pour permettre la vente de l’immeuble. Elle tergiverse, tourne autour du pot. La partie civile repose sa question. Même réponse évasive. Le président Dooms repose exactement la même question, en exigeant une réponse claire. « Oui, elle accepte de partir ». Il a fallu toute cette histoire pour en arriver là.

Le coût de la plaisanterie
Un commando du GIGN était parti de Marseille, en hélicoptère, pour intervenir dans le conflit, il a fait demi-tour en apprenant la réédition de Claude. « Combien nous aura coûté cette plaisanterie ? » demandera en aparté l’avocate de la partie civile. Le tribunal les déclare tous deux coupables. Claude récolte deux mois ferme, à aménager avec le juge d’application des peines. Ce sera ou la pose d’un bracelet électronique, ou une mise en liberté sous conditions. Claude et Patricia auront, tout deux, pendu au-dessus de leur tête, un sursis de quatre mois. Afin de les empêcher de commettre à nouveau un délit pour se soustraire aux décisions de justice concernant le partage des biens du précédent concubinage. Interdiction formelle, à tous les deux, de réapparaître rue de camélias, si ce n’est pour organiser le déménagement de madame. Il est courant, pour un tribunal de joindre à une condamnation, une obligation de soins. Mais rien ne semble prévu pour soigner un amour fou.

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