« Je nargue la police »

Les forces de l’ordre sont constamment sollicitées pour solutionner des problèmes de sorties de discothèques, pourtant, toutes, possèdent du personnel qualifié pour le faire.

C’est rue Jeanne d’Arc que ce soir-là, l’employé d’un bar de nuit, appelle la police. Un groupe de jeunes fument du haschich et prend à partie les passants. Devant le local, il n’y a pas un groupe, mais deux. Les policiers vont vérifier les documents d’identités de l’attroupement moins nombreux, ils y ont repéré quelques têtes connues. Saïd n’apprécie pas du tout ce contrôle. Il déclare à la barre : « On les connaît tous ces policiers ». « Oui … et réciproquement » lui répond le président Dooms. Saïd continue ses griefs : « Chaque fois qu’ils passent devant nous, ils baissent leur vitre et ils rigolent ». Mais Saïd reconnaît aussi qu’il « nargue la police » quand elle fait ses rondes. Les policiers, sont des hommes comme les autres, sous leurs uniformes. Il est évident que si le comportement d’un « qui-les-nargue » n’est pas conforme, ils seront moins enclins à l’indulgence. Le contrôle tourne au vinaigre. Saïd se débat, enlève son tee shirt et torse nu se donne lui-même des coups. « Pour me calmer, monsieur le Président ». Cela ne le calmera pas. Un policier est obligé de le ceinturer et de lui passer des menottes, ils tombent tous les deux. Pendant toutes l’interpellation les insultes fusent. Les policiers porteront plainte pour menace de mort. « C’est facile pour des policiers d’aller contre des Arabes ». Vieille rengaine, éculée du racisme de la police. Aujourd’hui, rares sont les policiers qui n’ont pas d’amis « Arabes » parmi leurs collègues. Au volant de leur voiture de patrouille, les policiers croisent des centaines « d’Arabes » dans les rues de Perpignan. L’immense majorité de ceux-ci ne seront jamais contrôlés. Mohamed, le frère de Saïd, veut intervenir. Problème, il vient de sortir de prison il y a un mois. Il veut calmer son frère. Il déclarera aux enquêteurs : « Saïd veut toujours rabaisser les policiers, il se sent plus fort que tout le monde ». Saïd répond : « Oui je le fais tout le temps, je nargue la police ». Ils sont embarqués tous les deux au poste. Là, Saïd ne s’est toujours pas calmé. Il hurlera ses insultes et menaces : « Toi, toi, et toi, je vous reconnaîtrai, vous n’êtes pas des hommes, on se retrouvera ». Les deux avocats des quatre policiers, Me Costello et Me Parrat ont fait de la défense des forces de l’ordre, une spécialité. Me Parrat dira : « On vient d’entendre à la barre, « je nargue la police », cela nous rend malade d’entendre cela, ces gens n’ont plus peur de l’autorité. Qu’est-ce qui va arriver après ça ? ». Les deux avocats demandent un geste fort du tribunal pour « que revienne » le respect de l’uniforme. Me Costello : « L’uniforme doit protéger qui le porte et pas le transformer en une cible ». Le Procureur Albouy dans son réquisitoire veut prévenir avant de guérir : « À narguer la police, vous ne gagnerez pas … parmi la population, notamment, les personnes âgées, on ne comprend pas ce genre d’attitude ». Et s’adressant directement aux deux prévenus, il les met en garde : « Vous ne savez pas la chance que vous avez de vivre en démocratie, mais c’est un acquis fragile, si vos agissements provoquent un vote de la peur vers les extrêmes, c’est vous qui serez les premiers à en souffrir ». Sont-ils seulement apte à comprendre un tel discours ? Mohamed avait déjà trois condamnations à son casier judiciaire, vol aggravé, outrage, violence, dégradation. C’est pourtant le plus calme des deux. Il est sorti de prison, il y a un mois. Il écope de six mois de prison. Son frère au casier vierge, dix mois avec sursis et 120 heures de travaux d’intérêts généraux (TIG). Pour les deux, cinq cents euros de dommages et intérêts et 650 de frais de justice pour chacun des quatre policiers.

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