Il va falloir grandir

Fabien arrive devant un barrage de gendarmerie, au volant de la voiture de sa maman. Il s’arrête dix mètres avant les lumières des lampes de la marée-chaussée et fait demi-tour, avant de s’enfuir.

Le lendemain, il se rend à la gendarmerie avec sa maman. Il passe aussitôt le test d’alcoolémie. A partir du taux relevé et par un savant calcul, ils vont savoir exactement dans quel état alcoolique, il conduisait au moment de sa fuite. Bingo ! Il était positif. « Présentation du permis de conduire ? ». Huit ans que Fabien n’en a plus. Faits délictueux auxquels la marée chaussée ajoute, le délit de fuite et un refus aux « vérifications conscrits ». Fabien est séparé de sa compagne avec qui il a une fille de dix mois et demi. Il ne la voit plus depuis la séparation. En revanche, il a la garde d’un petit garçon de neuf ans, mais c’est la maman omniprésente de Fabien, qui l’exerce. La séparation ne se passe pas très bien, Fabien a bu trois bières avant d’aller voir sa fille. Son fils était dans la voiture au moment de sa fuite. Président et procureur n’ont pas de mots assez durs pour qualifier son irresponsabilité, fuir avec un enfant dans la voiture et en état d’ébriété. « Croyez-vous être un bon exemple pour votre fils ? » demande le Président. « Non » murmure le prévenu. Vérification du casier judiciaire, 19 condamnations qui lui ont valu d’être incarcéré à 13 reprises. Vol, violence, dégradation, conduite sans permis, la litanie habituelle plus un trop long etc. Il a quarante ans, il en a passer 17 en prison. Et pourtant, Fabien a tout mis en œuvre pour se réinsérer, il a un travail maintenant et il vient d’acheter un scooter 49,9 pour s’y rendre chaque jour. Il ne touchera jamais plus un volant de voiture. Le procureur lui répond : « Vous ne faites que des conneries et à 40 ans, c’est encore maman qui vous accompagne ici, il va falloir grandir ». « Je ne sais pas quoi dire » : répond Fabien. « Et bien réfléchissez, si vous ne savez pas quoi dire, vous savez, si la privation de liberté ne résout rien, elle permet quand même d’écarter les personnes dangereuses à cause de leur inconséquence ». Le président Dooms, lui avait dit, quelques minutes auparavant : « Au petit jeu : A chaque bêtise ses années de prison, ce n’est pas nous qui allons nous fatiguer les premiers ». Et pourtant, le tribunal va encore laisser une chance à Fabien en le condamnant à une amende-jour de 300 euros et avec une mise à l’épreuve.

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