Gangs de filles, le retour ?

C’est un jeu idiot qui régulièrement refait surface, des garçons poussent des jeunes filles, souvent mineures à commettre des actes délictueux, qu’ils filment avec leurs portables.

« Oui mademoiselle la juge »

Gangs de filles, le retour ?

Alima a 28 ans et Salomé 18 et quatre mois. La première est enceinte et mère d’un bébé de huit mois. Qu’allait-elle trainer, vers minuit, rue de la barre, avec Salomé et une jeune mineure ? Salomé a les yeux constamment à moitié fermés, elle a l’air drogué par des produits illicites ou des barbituriques. Les deux ont une attitude totalement arrogante devant le tribunal. Alima a les bras croisés avec un perpétuel air de défit, Mme Dechaud présidente du tribunal aura toutes les difficultés à la faire se tenir correctement. Salomé est totalement affalée sur la barre et ne comprend pas la moitié des paroles du tribunal. Les deux coupent la parole constamment à la présidente qui soulignera qu’ « en garde à vue votre attitude a été aussi déplacée que devant ce tribunal. Le 19 septembre 2012, au bar Le Corsaire, il y a une soirée étudiante. Aux alentours de 23h45, Coralie, Delphine et Déborah se rendent à la fête. Salomé reconnue à ses mèches rouges portant un pantalon de pyjama et à ses yeux hagards, va, par derrière, asséner une terrible gifle à Coralie. Si forte, qu’elle lui ouvrira la lèvre. Les garçons ont tout filmé, ils sont écroulés de rire. Alima le reconnaîtra, elle a beaucoup rie, mais nie totalement être l’auteure des violences. Manon, une amie rejointe au Corsaire, va vouloir se diriger vers le groupe des rieurs, pour leur demander pourquoi ils ont agressé sa copine. Elle est saisie par les cheveux et jetée au sol. Mme Dechaud soulignera plusieurs fois qu’il s’agit d’actes de violence totalement gratuite. Malgré les interruptions et les « Ouais, mademoiselle », la présidente du tribunal, non sans les avoir traitées plusieurs fois d’insolentes, va pouvoir demander aux deux prévenus leur version des faits. « Elles étaient « saouls », Mademoiselle, elles m’ont embêtée », c’est tout ce qui pourra être tiré d’à peu près intelligible de Salomé. Alima s’en tiendra à sa version, elle n’a pas porté les coups, elle était assise et elle a rie. A 28 ans et bientôt deux fois maman, c’est quand même navrant. Toujours d’après Alima, les témoignages, tous concordants ne comptent pas, car obtenues de filles qui étaient saoules et de sa copine Salomé, qu’elle n’hésite pas à qualifier devant le tribunal de droguée. Alima a un casier qui porte déjà plusieurs condamnations, vol aggravé, vol en réunion, outrage et violence aggravée. Elle est en récidive légale. Salomé a un casier vierge. Le procureur Bret va commencer par une boutade, se tournant vers la présidente Colette Dechaud : « Pour rester dans le ton, je te demanderais, mademoiselle Colette, si les filles étaient avec toi, pourquoi poser toutes ses questions ? », ceci pour reprendre une phrase de Salomé. Le reste sera moins humoristique, il dénonce le phénomène nouveau que sont les gangs de filles au centre ville. Filles qui n’ont peur de rien, volent ou frappent sans pourvoir donner une explication censée à leur geste. Il demandera une lourde peine, pour Alima, la peine plancher d’un an ferme avec maintien en détention et pour Salomé un an avec sursis. Il soulignera qu’elles étaient sous contrôle judiciaire, n’avaient pas le droit de se rencontrer et qu’elles sont venues ensemble au tribunal et se sont assises à côté dans la salle des audiences. L’avocate pour la défense parlera d’intoxication médicamenteuse, de filles d’une vulnérabilité certaine, manipulées par des bandes de garçons qui ont voulu bien rigoler. Pour Salomé, elle révèlera des problèmes psychiques évidents. « Mademoiselle Colette présidente » ne suivra pas le réquisitoire de « damoiseau Eric procureur ». Alima qui est enceinte, est condamnée à trois mois ferme, avec possibilité d’aménagement et Salomé trois mois avec sursis.

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