Charlotte et ses potes

Charlotte est une jolie SDF de 22 ans, sa crête rousse d’iroquoise au sommet de son crâne rasé et ses quelques piercings n’arrivent même pas à l’enlaidir.

Pour son bonheur et son malheur, Charlotte a des amis, des copains qui veillent sur elle, c’est le côté bonheur. Le côté malheur, c’est que cette solidarité lui vaut aujourd’hui de comparaître devant ce tribunal, sur le banc des prévenus, aux côtés de trois de ses potes. Cela fait un mois qu’ils sont tous incarcérés. Charlotte a été jetée à la rue par sa mère à l’âge de 14 ans. Elle n’a jamais connu son père. C’est en tout cas ce que pense Me Maynard, son avocat. Car Charlotte refuse de parler de son passé au psy de la prison tout autant qu’à son avocat. Lorsque Me Maynard évoquera les quelques bribes de sa vie, qu’il a pu grappiller, elle essuiera quelques larmes. Ce sera le seul moment de faiblesse de cette petite sauvageonne. Elle ne vit pas vraiment dans la rue, elle cache une tente dans les parages des villes et villages qu’elle fréquente, elle va s’y remiser pour dormir la nuit venue. Dans les marchés, elle vend des sculptures qu’elle fait elle-même. Un procès contre sa mère pour abandon, oblige cette dernière, mais c’est tout nouveau, à lui envoyer 300 euros par mois.

Une expédition punitive pour cinq euros

Les quatre prévenus vont se lancer dans une expédition punitive, chacun pour une raison différente contre une seule et même personne. Frédéric a une fille Jennifer, qui sort avec Sébastien un autre sdf, ce papa connaît la vie des SDF, il ne veut pas de cela pour sa fille. Il téléphone à Sébastien, ils s’insultent veut parler à Jennifer, n’y arrivant pas, il ira à Banyuls. Jean-Marc a un vieux contentieux avec Sébastien, lors de ses échanges téléphoniques, ils se menacent, se défient, il ira à Banyuls. Michaël, se dit, frère de Jean-Marc parce que leur mère et père vivent ensemble. Ce frère inventé, c’est sa seule famille véritable, car il a été jeté à la rue à 14 ans, il ne boit jamais d’alcool et fume occasionnellement quelques joints. Il a vendu du Subutex à Sébastien, qui lui doit encore cinq euros. Ce succédané d’héroïne fait l’objet d’un vaste trafic chez les SDF. Ceux qui ne ce sont jamais drogués, prétextent de l’être pour en recevoir des services sociaux et le revendre ou l’échanger. Avec Sébastien, ils s’insultent par téléphone. Il ira à Banyuls. Quant à Charlotte, Me Maynard, dira, elle ne peut qu’aider ses copains qui la protègent dans la rue. Mais, elle confiera au tribunal, qu’elle va à Banuyls, car elle a l’intention de raisonner Jennifer, la fille de son pote, pour qu’elle ne connaisse pas ce qu’elle-même a vécu, l’enfer de la rue. Elle est intelligente et s’exprime très bien à la barre.

Ils se retrouvent à la gare de Banyuls

Au lieu du rendez-vous, Sébastien arrive accompagné d’un ami qui n’interviendra pas, aussitôt, il se dirige vers Jean-Marc qui est visiblement le plus dangereux du groupe. Sébastien est armé d’une grosse pierre (comme la tête d’un homme), il en assène un coup violent sur l’oreille gauche de Jean Marc. Ce dernier tombe assommé. Aussitôt le soi-disant frère, Michaël, armé d’un gros câble électrique en guise de matraque, assène un coup en plein visage de Sébastien. Mais Michael, n’est pas un violent, il ne sait pas se battre, une fois son coup donné, il fuit en courant. Sébastien, qui lui est un vrai dur, malgré ce coup qui va le défigurer pendant de longues semaines, court après lui. Alors Charlotte, armée d’une clé à pipe, poursuit Sébastien et lui assène un coup, ou le repousse comme elle dit, pour protéger la fuite de Michaël. Entretemps, Jean-Marc a repris ses esprits, il sort de sa poche un cutter et taillade Sébastien. En tout quatre estafilades. À l’hôpital, pour le recoudre, il faudra en tout 37 points. Tout s’arrête quand Frédéric, le père de Jennifer, sort un spray d’autodéfense et arrose tout le monde. Mais ce geste lui vaut une poursuite pour violence aggravée avec arme, en l’occurrence le spray. Comment comprendre, ce monde où cinq euros peuvent être si important, comment le juger, pour nous brave « bourges » aux appartements trop froids l’été, bouillant l’hiver et dont le problème le plus grave, est de n’avoir plus assez de place dans notre congélateur ?

Sévérité pour les multirécidivistes

Jean-Marc sur son casier, totalise treize condamnations, pour vol, filouterie, utilisation de fausses plaques d’immatriculation par deux fois, désertion, quantité d’actes de violences, outrage, violence sur conjoint. Il vient d’écoper de deux ans pour d’autres faits de violence. Il a perdu l’usage d’une oreille à cause du coup de pierre de Sébastien et a été deux fois hospitalisé. La dernière fois, il a perdu connaissance juste avant de comparaître. Le tribunal le condamne à la peine plancher de deux ans d’incarcération et un an avec sursis. L’autre multirécidiviste, c’est le papa de Jennifer, Frédéric, 19 condamnations, son problème c’est l’alcool, cinq mentions pour conduite alcoolisée et une avec usage de stupéfiant, conduite sans permis, dégradation, outrage, délit de fuite, port d’arme … Il est condamné à neuf mois d’emprisonnement. Michaël qui a donné le coup de matraque, un an de prison dont six avec sursis. Il avait un casier vierge, malgré une vie de SDF. Quant à Charlotte, elle écope de 12 mois dont 10 avec sursis. C’est un véritable avertissement qui lui est donné. Elle a déjà fait un mois, il doit lui rester 15 jours à faire. Elle veut arrêter cette vie de SDF, son avocat lui a trouvé une adresse fixe. Comme quoi la profession d’avocat, mène à tout, même à être un bon samaritain. Ce qui lui faudrait, à notre Charlotte, c’est un vrai petit ami, un « bourge » avec un appartement trop chaud l’hiver, trop froid l’été et un congélo toujours trop plein.

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