Abus de confiance ou d’obligeance ?

Pour M Dooms, président du Tribunal, c’est un cas d’espèce. Une personne âgée se retrouve esseulée, soit à cause de la désagrégation de sa famille, soit à cause d’impératifs géographiques qui ont éloigné ses membres, soit à cause de l’égoïsme ordinaire. Alors, une voisine, une amie, une parente éloignée prend en charge la personne âgée, qui la remercie en lui rétribuant ses services.

Lorsque les héritiers directs réapparaissent après le décès de la parente, ils ne peuvent que constater la diminution drastique d’un héritage qu’ils espéraient conséquent. Tout un chacun a connu ou entendu parler de ce type d’histoire de famille qui peut se terminer en véritable drame. Mme Chaumeil appelait Mme Félicie Benico, «sa tante», en fait elle était la tante de son défunt époux. Mais elle expliquera à la barre, que lors des moments difficiles de sa tante, notamment la maladie et la disparition de son mari, sa « tante » a toujours été là et l’a toujours aidé. Pour elle, il était normal qu’elle accompagne et facilite au mieux la fin de vie de Mme Benico. Les témoignages du médecin, des infirmières, aides-soignantes ou voisines, sont éloquents, Mme Chaumeil s’est occupée de sa tante de façon exemplaire. Mieux ou aussi bien qu’aurait pu le faire une fille pour sa mère. La défunte laisse un fils et une fille, qu’elle voyait très peu, ce sont eux qui sont sur le banc des plaignants et Mme Chaumeil, la dame de compagnie, sur celui des accusés. C’est chez le notaire qu’ils découvrent que leur maman qui avait une retraite confortable, 1800 euros par mois, laisse un trou de 16000 euros, comblés fort heureusement par une assurance vie. Ils accusent la bonne Mme Chaumeil de s’être largement servie. Elle s’en défend, elle accompagnait Mme Bénico au cirque, que cette dernière appréciait tout particulièrement, au cinéma, au coiffeur chaque semaine, au restaurant régulièrement, au thé dansant, tout pour que sa vie soit des plus agréables. C’est toujours Mme Bénico qui payait. Pour la partie civile, représentant les enfants, Me Raymond Escalé et pour le Parquet, Me Bruno Albouy, la disparition de tous les relevés de compte est une preuve, Mme Chaumeil a voulu éliminer toute trace d’une utilisation très personnelle du compte en banque de Mme Bénico. Hasard incroyable, la banque a aussi perdu tous les relevés. La fille de Mme Bénicot, doutera à la barre que sa mère aille une fois par semaine chez le coiffeur, « elle avait quatre poils sur le cailloux », « à la fin de sa vie elle était totalement Alzheimer ». Elle ne savait même pas que sa mère allait au cinéma. Mme Chaumeil ne parlera jamais de sa tante avec cette légèreté. Pendant les déclarations de Mme. Chaumeil à la barre, sur le banc des plaignants, les deux enfants-sexagénaires ricaneront constamment, jusqu’à ce que M Dooms les remette vertement en place « l’état de partie civile est tout a fait respectable mais n’excuse pas une attitude insupportable pour le Tribunal ». Pour toutes les dépenses, Mme Chaumeil utilisait la carte bleue de sa tante qui lui avait confié son code. Pour Me Nicolau défenseur de l’accusée, c’est un principe élémentaire de droit. Ce n’est pas à l’accusé de prouver son innocence mais à ses accusateurs de prouver sa culpabilité. Les relevés bancaires ont disparu ? Qui prouve que ce serait sa cliente qui les a fait disparaître ? La plaignante demande une restitution de 26290 euros pour les remettre aux legs ? Me Nicolau est formel : « c’était à la succession de se porter partie civile ». A la fin de sa vie, Mme Bénico avait peur de rester seule chez elle, et Mme Chaumeil dormait dans sa maison et nuitamment lui faisait de longues conversations. Si elle a été rémunérée, ce n’est que justice. « Rémunérée au noir, comme on dit vulgairement » ajoutera un Me Dooms qui ne perd pas le « Nord ». « Cinq cent euros ont encore disparu, juste avant le décès ? Et alors ? Ils ont servi à payer une pierre mortuaire gravée, nous avons la facture » Me Nicolau a réponse a tout. Une défense tout azimut qui conduira à la relaxe de Mme Chaumeil qui éclate en sanglot en entendant un verdict qui met fin à, ce qu’elle avait nommé, les cinq années de calvaire qui ont suivi la disparition de Mme Bénico. Les héritiers pour leur part, n’ont rien à regretter. Sans la bonne Mme. Chaumeil, leur mère aurait fini ces jours dans une maison de retraite qui aurait englouti sans aucun doute les 1800 euros de retraite mensuels. Pire, elle n’aurait pas connu les joies du cirque et des thés dansants. Ce qui chagrinerait n’importe quel enfant.

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