Drame de la route et homicide involontaire

Il n’avait pratiquement rien fumé, selon son avocate, une « tafe » sur un joint, les analyses corroborent ses dires, quelques dixièmes de nanogrammes, mais il a eu accident mortel, cela ne peut lui être pas pardonné.

 

Elvis a 22 ans, il habite à Corbère les Cabanes. Il n’a pas eu une vie très facile. Ses deux parents sont morts de cirrhoses. Ce qui explique qu’il ne boive jamais d’alcool. Mais il fume quelques joints. Environ deux par jour, confie t-il au tribunal. Il a été choyé par ses sœurs. Il est plutôt petit, chétif, très pâle, maigrichon même. C’est peut-être pour cela qu’il aime jouer un peu aux durs. N’a-t-on pas eu pendant plusieurs années un président qui partageait ces travers ? Il a le permis depuis deux mois, il s’est acheté une Ford Ska. Un pot de yaourt raille ses amis. Il a un petit boulot à la mairie, un tout petit salaire, une petite voiture. Tout est petit chez lui, alors, pour se grandir, il appuie sur l’accélérateur un peu plus que de raison. Ce 28 mai 2012, ils ont décidé d’aller à la mer, ses trois copains, tous mineurs, et lui, le grand, le seul avec permis. Avant de partir, il a fait un joint de hasch, ses copains sont formels : « Il a tiré qu’une fois, avant de le déposer dans le cendrier ». Pourquoi ? Pour braver les interdits et faire le malin. Il veut les impressionner, ils verront, s’il conduit « un pot de yaourt », il roule même sur une voie de gauche pour doubler un cycliste, puis il accélère un peu trop en ville.

Sur le rond-point, c’est l’accident

Arrivé à Saint Feliu, il entre dans le rond-point, un peu trop vite, « part en crabe » comme il dit à la barre, et passe derrière une glissière de sécurité qui protège une barrière-poteau blanche et rouge. Le genre utilisé pour fermer les passages à gué. La barrière est à hauteur de pare-brise, elle entre dans la voiture, touche le voisin du conducteur, à l’épaule, le choc est terrible et elle va s’arrêter entre les deux passagers, assis à l’arrière. Elvis saute de la voiture, fait le tour et ouvre la porte du passager, son copain tombe à ses pieds. Il téléphone aux pompiers qui guident ses premiers gestes de secours. « Comprimez la plaie avec une serviette pour stopper ou ralentir l’hémorragie ». Elvis hôte son tee shirt et le presse sur la plaie. Il s’imbibe de sang. Elvis en un instant est passé du monde des enfants qui jouent encore aux cowboys pour celui des adultes confrontés à la dure réalité de la vie. Celle qui s’enfuie du corps de son copain qui n’avait que 17 ans. Ses derniers mots seront pour sa mère : « Elle est où ma mère ? ».

Un immense désespoir

Cette maman qui est assise au banc des victimes. Elle tient à peine debout, ce ne sont que pleurs et lamentations, elle est soutenue par son frère, un oncle qui a eu le rôle du père, auprès de son neveu. Pour la partie civile, leur avocate dira que la maman ne mange plus, qu’elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est en effet squelettique et totalement désespérée. L’oncle du défunt demandera à venir à la barre et dira, très digne, en étouffant ses sanglots, qu’ils ne veulent pas l’emprisonnement, ce qu’ils veulent c’est qu’Elvis comprenne ce qu’il a fait et mesure ce qu’a provoqué son inconséquence. Elvis est lui aussi totalement effondré. Assis devant son avocate, il ne relève plus la tête. Le tribunal lui demande surtout des explications sur sa consommation de haschich et sur sa vitesse. « A quelle vitesse êtes-vous rentré dans ce rond point ? ». « Cinquante, soixante dira Elvis.

Il part en prison

Le tribunal ira plus loin que ce qu’avait requis le parquet. Là où Mme Parisot, avait demandé deux ans d’emprisonnement, assortis d’un sursis, le tribunal le condamnera à trois ans dont un an avec sursis, avec mandat de dépôt. C’est-à-dire que son incarcération est immédiate, la police lui passe les menottes et l’accompagne aussitôt vers la prison. Il s’était présenté libre devant ce tribunal et ce soir, il dormira en cellule. Ses sœurs sont en larmes. À sa sortie, il sera obligé de se soigner pour sa consommation de haschich et de travailler pour indemniser les victimes. Il ne pourra pas repasser son permis pendant cinq ans et le tribunal ordonne la destruction du véhicule.
Autre responsabilité qu’ont soulevée les enquêteurs, en aucun cas la barrière n’aurait du être dirigée dans le sens d’arrivée des véhicules dans le rond-point, dans l’autre sens, elle ne serait jamais entrée dans l’habitacle de la voiture.

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