« Tout est de la faute des gens du sud »

Eric et son épouse viennent des Vosges où tout était beaucoup mieux. Pour leur malheur, ils ont acheté un bar, « Le bar de l’avenir », dans un petit village de l’arrière pays, où tout se ligue contre eux.

La ligne bleue des Vosges sera toujours notre horizon.

 

Bar de l’Avenir, un nom plein d’espérance, mais qui n’a pas été à la hauteur de ses promesses. Madame accuse son mari de l’avoir frappée, et ce, devant la clientèle du café, résultat encore plus humiliant. Elle a toutes les attestations médicales, de toute façon, son mari reconnaît totalement les faits. Le « Bar de l’Avenir », ce nom souffle un bon mot au président du tribunal, qui reconnaît, que : « Si la femme est l’avenir de l’homme, elle peut être, parfois, son avenir correctionnel ». La dispute, comme la grande majorité des disputes conjugales, commencent stupidement, cette fois, c’est à cause du sel, qui n’a pas été rangé à sa place. Alors les coups pleuvent.

La gendarmerie doit intervenir

Les gendarmes appelés sur les lieux relèveront un taux d’alcoolémie de 1,39 chez le monsieur frappeur. Ce qui fait dire au président, Jean Luc Dooms, que : « La conduite d’un débit de boisson, en état d’ivresse, n’est pas répréhensible, en revanche, la violence conjugale, lorsqu’elle est avérée, doit l’être impérativement ». Madame est appelée à la barre, elle décrit les coups, mais enchaîne aussitôt sur sa situation actuelle. Dans le bar, elle doit absolument tout faire, servir les clients, préparer les sandwichs, faire la comptabilité. Pendant que son mari s’efforce à devenir leur meilleur client. Ils sont en instance de divorce. Ce qui n’encourage pas Eric à travailler plus, pour boire plus. La dame retient ses larmes à la barre. Je travaille pour maintenir le café, ne pas sombrer dans les dettes, avant de trouver un nouveau propriétaire. Ils ont été cambriolés et les voleurs viennent les narguer dans leur débit de boisson « et même menacer la clientèle ». « On a porté plainte, mais dans le sud, les gendarmes ne font rien ». « Comme on est pas d’ici … la loi ça se passait pas comme ça dans les Vosges ».

Des gendarmes à l’esprit de clocher ?

Il est fréquent que des personnes en état d’échec, cherchent un bouc émissaire à leurs malheurs. Au tribunal, nous avons déjà entendu accuser les Francs-Maçons ou culpabiliser toutes les minorités représentées dans la ville, très souvent les Catalans, bien qu’’il n’en reste plus beaucoup. Mais des gendarmes venus des quatre coins de l’Hexagone qui feraient preuve d’un laxisme régional et identitaire, en ne protégeant pas les allochtones, c’est la première fois. Premier avertissement du président du tribunal : « Madame, pour avoir œuvré aux quatre coins de la France, je peux vous dire, qu’ici comme ailleurs, il y a de bonnes choses et de moins bonnes ». « Non, ici, c’est pire quand on est pas du coin …. ». Deuxième avertissement du président : « A la barre, la parole est libre, mais il y a des propos que nous ne pouvons laisser passer, le racisme en fait partie, fusse t-il régional ». Elle reprend : « Les gendarmes n’ont rien fait … ». « Madame, je vous arrête encore une fois, avant que vos paroles ne soient passibles d’outrage, nous comprenons votre aigreur, nous sommes sensibles à vos souffrances, mais nous ne pouvons tout entendre ». Eric, le mari, est appelé à la barre. Il lui est demandé s’il a toujours travaillé dans les Vosges ? « Non, répond-il, on a du s’expatrier en Corse ». « Expatrier ? En Corse ? La République est une et indivisible, rappelle le président qui rajoute, décidément, le régionalisme est vivace dans le couple ». Reconnu coupable, le mari frappeur est condamné à six mois d’emprisonnement, dont trois avec sursis, les trois ferme, pouvant être aménagés avec le juge d’application des peines et une obligation de soins pour son alcoolisme. Une chance pour lui, incarcéré à Mailloles, il aurait eu du mal, ce doit être plein de prisonniers et de gardiens du sud.

Laisser un commentaire