Christian Delample, un procès en huis-clos

Les assises des Pyrénées-Orientales jugent à partir de ce lundi un employé municipal et ancien bénévole chez les pompiers, accusé d’avoir violé et abusé d’une vingtaine de jeunes garçons, pour la plupart mineurs.

Christian Delample, 41 ans, répondra devant le jury populaire jusqu’au 18 septembre des faits de viols, agressions sexuelles et corruption commis entre 1998 et 2009 sur 19 jeunes. Employé municipal au Soler il aurait profité, sans être lui-même soldat du feu, de son statut et de son aura de formateur intervenant auprès des cadets pompiers (ces adolescents qui apprennent les rudiments du métier) pour gagner leur confiance, mais aussi celle de leurs frères ou de leurs amis. Dans le logement municipal où il était hébergé, les jeunes pouvaient boire ou fumer, mais aussi dormir quand se prolongeaient des soirées auxquelles il leur permettaient de participer. C’est alors qu’il leur passait des films pornographiques, puis aurait commis les faits qui lui sont reprochés et qui seraient allés jusqu’au viol. Il a fallu attendre 2009 pour que des victimes parlent. Elles ont expliqué depuis n’avoir pas su comment le repousser, mais ne jamais avoir été consentantes. Christian Delample, interpellé et écroué cette année-là, a assuré ne les avoir jamais contraintes. Il a dit avoir lui-même été violé à l’âge de 6 ou 7 ans. On n’oublie pas le passé, on peut juste essayer de vivre avec. Alors que le procès de son violeur présumé s’ouvre ce lundi devant les assises, à 21 ans, Mickaël (c’est un prénom d’emprunt) a tout essayé pour y arriver. La drogue pour embrumer des souvenirs insupportables, les crises qui finissent à l’hôpital psychiatrique, la violence pour crier la haine, la honte et la souffrance qui n’arrivent pas à sortir, les tentatives de suicide aussi pour tuer tout ce mal qu’on lui a fait. Et oublier… »Ligoté et violé » »Pour moi, c’est à vie. J’ai craqué. J’ai pété un câble ». La première fois, le jeune homme a essayé de se pendre à un ventilateur avec sa ceinture de karaté sous les yeux de sa petite amie, la seconde fois, il a voulu se jeter dans le vide par le balcon et a été rattrapé in extremis par son père qui s’est agrippé à son pied. Un désespoir qui, entre silences et incompréhension, vous ronge de l’intérieur et ravage une famille pendant des années. « Je ne souhaite à personne ce que l’on a vécu. On ne comprenait pas et on ne savait plus quoi faire, racontent son père et sa mère. Mais on ne lui en veut pas, on sait que ce n’était pas sa faute. C’est à l’autre que l’on en veut, pas à ses proches ils sont aussi dans la peine ».Et Mickaël, traîné de force par son frère jusqu’au commissariat, sera le premier à trouver le courage de parler en 2009. « Ligoté sur un lit et violé à plusieurs reprises alors qu’il n’avait que 14 ans ». Un aveu qui a permis de délier les langues de nombreuses autres victimes. »Il rendait toujours service »Ses parents, totalement démunis devant sa descente aux enfers, n’étaient même pas au courant de sa démarche. Ils ne savaient rien jusqu’à ce que des amis, au téléphone, leur annoncent brutalement que cet homme, qu’il connaissait bien, avait été interpellé pour des faits très graves. »Quand on a découvert la vérité, on a pris une grande claque. Même entre nous, on n’arrive pas en parler. On avait connu cet homme par le frère aîné de Mickaël, qui pendant 5 ans était chez les jeunes sapeurs-pompiers. Quand on ne pouvait pas aller le chercher, cet homme se proposait de le raccompagner. On a sympathisé, il s’arrêtait pour boire l’apéritif. On a mangé ensemble dans des repas de pompiers, au réveillon. Tout se passait très bien. Il sortait avec Mickaël pour faire la fête. Il y avait plein d’autres jeunes. Il rendait toujours service. Un jour j’avais besoin d’un fourgon pour transporter des meubles, en échange je lui ai donné deux vélos. On ne s’est pas imaginé un instant qu’il était comme ça. On avait aucun doute. Sinon on n’aurait jamais envoyé nos gamins là-bas. Et si on avait su avant, on serait allé le voir directement. On n’est pas les meilleurs parents du monde, on n’est pas parfaits, mais si on touche à nos enfants, on est prêt à tout… ».«Au départ, il était gentil. Il essayait de se faire apprécier des jeunes. Chez lui, il y avait tout ce dont rêvent les ados, les consoles de jeux, des vidéos…», confirme Mickaël qui aujourd’hui a fondé sa propre famille et a eu une petite fille depuis quelques mois. »La fin de l’histoire » »Malgré tout, il a complètement bousillé ma vie. Il a ruiné mes études. Je voulais faire un cursus scientifique, j’ai tout arrêté. J’ai perdu mon boulot. Le plus dur, c’est de trouver du travail. Je vais mieux ? Oui et non. Il y a quelque chose qui reste. Mais il faut dire à toutes les victimes de parler. Même si c’est très difficile, au moins essayer. ».Alors, à l’approche du procès, la famille est dans ‘l’angoisse’ même si elle a décidé de briser le silence pour toutes les victimes et montrer qu’elle n’abandonnera pas le combat. Mickaël, lui, est « plutôt stressé ». « Je ne sais pas si je vais y aller parce que j’ai peur de péter un câble, de lui sauter dessus. Moi, j’attends que le procès se termine pour partir et repartir à zéro. C’est la fin de l’histoire. Et une nouvelle vie. Mais je ne fêterai plus jamais mon anniversaire le jour même. Il avait la même date de naissance que moi et souvent on fêtait ça tous ensemble. Je ne peux pas. Je me choisirai un autre jour.

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