Van Geloven est mort

Il aura fallu attendre dix mois pour apprendre la mort de Christian van Geloven.

Il est décédé d’un cancer, le 6 août 2011, à l’âge de 67 ans. Il était incarcéré à la maison d’arrêt d’Ensisheim dans le Haut-Rhin. C’est Me. Etienne Nicolau, avocat des familles de Muriel et d’Ingrid, ses deux jeunes victimes, qui a annoncé la disparition de leur bourreau. Les deux petites filles avaient disparu d’Elne le 19 octobre 1991. Aussitôt et pendant deux longues semaines, des groupes de volontaires encadrés par les forces de police et de gendarmerie avaient battu la campagne, nuit et jour, maintenus par l’espoir que l’inévitable n’avait pas été encore commis. Le 1er novembre van Geloven était arrêté grâce au témoignage de la mère d’une de ses compagnes. Les deux corps ont été retrouvés sur les indications de van Geloven après des heures d’interrogatoire. Ils étaient dissimulés dans un ravin de 70 mètres de profondeur au cirque de Navacelles, près du massif du Larzac. Un coin repéré par avance en préparation du méfait. Van Geloven avait déjà été condamné plusieurs fois pour des délits sexuels sur enfants dans la Meuse. Lors de son procès, une de ses demi-soeur avait dénoncé d’autres viols restés impunis. Il se qualifiait lui-même de « malade, aux pulsions incontrôlables » et avait proposé son aide à la justice pour lutter contre les pédophiles. « Nous, les pédophiles, nous nous reconnaissons entre nous et nous sommes nombreux ». Un ex-compagne le décrira comme  » un être possessif, violent, dominateur avec un appétit sexuel énorme ». Cas exceptionnel et peut-être unique au cours d’un procès d’Assises, son propre avocat, Alain Furbery, avait chargé son client, le dénonçant « comme un cas irrécupérable, qui recommencera dès qu’il sortira … Je ne demande aucune pitié et ne plaide non-coupable sur rien ». Me. Etienne Nicolau, encore aujourd’hui, ne parler parler de cette affaire sans avoir les larmes aux yeux. Il se souvient que le juge d’instruction, habitué au pire, n’était pas arrivé à lire le rapport d’autopsie et avait éclaté en sanglot.

Une loi faite sur mesure
C’est la cour d’Assises de Perpignan qui le condamnera à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 30 ans. C’est l’assassinat de Muriel et Ingrid, suivi de celui de Karine par Patrick Tissier, commis encore dans le département des Pyrénées orientales, qui provoquera la réforme judiciaire pour les cas de viols d’enfants. Patrick Tissier avait été condamné pour viol et meurtre en 1971, libéré en 1982, il sera à nouveau incarcéré et libéré en 1992, et se rendra coupable d’un viol avec torture et de l’assassinat d’une adulte et de la petite Karine. Le gouvernement Balladur et son ministre de la justice Pierre Méhaignerie, seront à l’origine d’une nouvelle réforme du code pénal, en instaurant une période de sureté d’une durée « perpétuelle » pour les cas d’infanticide. Tout porte à croire que même dans le cas extrême ou Christian van Geloven aurait atteint l’âge de 70 à 75 ans, il n’aurait pu être libéré, tant son cas était extrême. Le père de Muriel a confié à notre confrère de l’Indépendant que depuis la condamnation de Christian van Geloven, il avait préparé minutieusement un plan afin de faire justice lui-même, en cas de libération. Il est heureux que la nature ait voulu se soustraire à sa vengeance. Un nouveau procès serait la dernière des misères souhaitables pour ces familles déjà si éprouvées.

Mais une loi bien étrange
Pour être passibles de cette perpétuité incompréssible, ces crimes doivent être accompagnés d’un double cumul de circonstances aggravantes, tortures, violence avec arme, être commis sur personne vulnérable etc. Le coupable d’un seul meurtre avec deux circonstances aggravantes pourra être condamné à la perpétuité incompréssible en revanche pour l’assassin qui commet cinq, dix, homicides sans circonstances aggravantes, la perpétuité incompréssible ne pourra être appliquée. Le nouveau garde des sceaux devrait se pencher sur cette anomalie.

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