Gauleiter ? Insulte suprême !

La tension est toujours vive à Saint Cyprien. La fin dramatique de la précédente municipalité enflamme encore les esprits et les Conseils Municipaux se terminent souvent en foire d’empoigne.

Pour éviter l’affrontement, ce jour-là, le directeur de cabinet du maire a une idée, ou peut-être lui a-t-on soufflée. Il réduit de façon drastique le nombre de chaises réservées au public. L’opposition saisit la balle au bond, elle se prive de siège pour offrir les leurs aux personnes âgées de l’assistance. Ils participeront à la réunion municipale, debout, pendant près de trois heures. C’est de bonne guerre. En revanche, le bruit court vite sur Internet. Patrick Cheguillaume anime un site pour un groupe de citoyens, qui, selon ses dires : « Ne veulent pas revivre, les événements qui ont entaché la gestion de la précédente municipalité ». Ils se sont donnés pour tâche de veiller au grain. M. Cheguillaume rendra compte de la réunion sur son site, dans un article portant le titre de « Osez haut » et commentant la polémique vente d’un terrain de camping à un investisseur. Mais, « In coda venenum », il terminera son article en traitant, Pierre Marc Dufraisse, directeur de cabinet du maire, poste éminemment politique, de « Gauleiter ». Franchement, je connais bien l’histoire de la seconde guerre mondiale qui m’a un temps passionnée, je ne savais pas ce qu’était un « Gauleiter ». Cet aveux me coûte beaucoup, car les deux avocats, tant pour la partie civile que celui de l’accusé me feront comprendre combien ce terme est d’usage commun parmi les noms d’oiseaux que s’assènent le personnel politique. Me Pierre Louis Bassole avocat du chef de cabinet, a utilisé Google et nous lit la définition de Wikipedia, l’encyclopédie en ligne. Un gauleiter était un dignitaire nazi, un titre que l’on donnait pour honorer les meilleurs ou plutôt les pires du régime. Goebbels de sinistre mémoire en était un. La liste des Gauleiter du troisième Reich est édifiante, ils finissent tous pendus ou suicidés. L’avocat réclame 5000 euros de dommages et intérêts et la publication dans trois journaux locaux. Me Bruno Fita, avocat de Patrick Cheguillaume ira plus loin dans la recherche historique et remontera jusqu’à Clovis, 1500 ans de « Gauleiters » et nous n’en avions pas entendu parler. Mais il citera aussi les personnes publiques qui ont été traitées de Gauleiter ses derniers mois, on en trouve autant à droite qu’à gauche, de Sarkozy à Hollande. L’avocat souligne : « L’injure est définie par l’article 29 alinéa 2 de la loi sur la presse comme : toute expression outrageante, termes de mépris ou invectives qui ne renferme l’imputation d’aucun fait ». Il ramène « Gauleiter à Petit Chef Régional » ce que ce terme a défini pendant 1500 ans et n’a été utilisé par les Nazis que pendant le troisième Reich. Encore qu’Hitler ait prophétisé, qu’il vivrait 1000 ans, le régime nazi n’en a vécu que douze. Pour les amateurs d’histoire le débat pouvait être passionnant, mais les procès en diffamation sont toujours très difficiles, car les avocats, le plus souvent, cherchent à éviter d’aborder l’accusation de front et semblent jouer à sautiller tout autour comme le ferait un torero. Me Pierre Louis Bassole demande à ce que l’insulte soit bannie du débat politique. Et le journaliste d’ajouter :  Pensez-vous qu’un Gauleiter du troisième Reich se serrait contenté d’un « clochemerlesque » escamotage de quelques chaises ?
Le délibéré a été donné le 8 août, M. Cheguillaume en tant que directeur de publication est déclaré coupable d’injure publique par écrit en l’occurrence une diffusion électronique et publique. Il est condamné à payé 1000 euros d’amende, 1500 euros à la partie civile et 1000 euros pour dépense de justice (art. 475-1). Le président Jean-Luc Dooms a tenu à expliquer, plus longtemps que d’habitude, le pourquoi de cette condamnation. Gauleiter même si ce terme a existé avant le troisième Reich, a été manifestement utilisé par la hiérarchie nazie. Collaborateur n’est pas un terme injurieux, mais collabo, comme Gauleiter, sont des termes douloureux dans la conscience française … qui rappellent les heures sombres de l’histoire de France. Au moment où l’on parle de devoir de mémoire, il est bon de ne pas banaliser des termes qui ont servi à ennoblir les actions les plus sanguinaires. Patrick Cheguillaume est condamné à publier à ses frais, l’annonce de cette condamnation, outre sur son site Internet, dans l’Indépendant, La semaine du Roussillon et Le Petit Journal.

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