La Thénardier de Saint Matthieu

Les sommes volées tournaient toujours autour de trois cents euros

Malika Mérabet était sous curatelle. Elle avait un tuteur qui lui versait son argent au compte goutte, quatre-vingts euros par semaine et qui payait régulièrement son loyer. Il était très important cet appartement pour Malika, car il lui servait d’appât pour attirer ses nombreuses proies. Pour plagier Balzac, nous dirions que c’était son auberge rouge. Elle chassait le plus souvent le SDF, un milieu qu’elle connaissait bien. Elle avait repéré tous les abcès de fixation où retrouver cette population fragile et manipulable. Elle proposait un foyer et un couvert, parfois son lit. Un toit et un lit, le rêve. Une fois dans son antre, rue Arago à Saint Matthieu, elle leur raflait tout ce qu’elle pouvait. On a beau être SDF, on touche quand même le RSA ou la Cotorep. On peut même posséder un compte en banque et une carte bleue. Malika trouvait alors une excuse, des attouchements, des avances, un vol, des fautes imaginaires que l’on faisait payer en séquestrant le malheureux et en lui faisant avouer sous la torture le code bancaire de sa carte de crédit.

Séquestrés, drogués torturés et volés
Attaché sur une chaise, sans nourriture, dormant à terre sans drap ni couverture, la plupart du temps drogués pour annihiler leur résistance, ils finissaient par craquer. Malika puisait aussi, dans les rangs des SDF, les complices qui l’aideraient à faire subir tous les outrages à ses victimes. Ce qui n’empêchait pas le complice d’aujourd’hui de devenir la victime du lendemain. Mais Malika ne s’arrêtait pas aux seuls SDF, toutes personnes faibles, handicapée physique ou mentale, ou très âgée pouvaient tour à tour devenir sa proie. Lorsqu’elle repérait une victime, elle avait un code de signes pour ses complices. Une personne âgée dans une salle d’attente, qu’elle raccompagne chez elle et qu’elle abandonne sans le sou sur le bord d’un trottoir. Celle-là aura eu de la chance. En tout, ce sont cinq victimes, qui sont représentées par la partie civile, Patrice Barthelemy, Marie Dolores Gomez, Francisco Pereira Amaro, Carral Rosine qui ont eu le malheur de croiser un jour le chemin de Malika Mérabet. Ils ont survécu aux mauvais traitements et aux coups. Ce qui ne sera pas le cas de , un temps complice, puis tombé en disgrâce et devenu la victime décédée. Au moment de son arrestation la police découvrira quatre personnes enfermées chez elle.

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